Recherche en biologie : un Nobel qui cache la misère.

L’attribution du prix Nobel de médecine et de physiologie à deux Français est un événement, puisque cela faisait vingt-huit ans que ce n’était pas arrivé.
C’est d’ailleurs là le vrai problème : sommes-nous encore une nation au faite de la recherche ?
 
Un Nobel de médecine en 1965 pour Lwoff Monod et Jacob, un autre en 1980 pour Jean Dausset et depuis rien jusqu’à hier. C’est un bilan maigre, très maigre donc pour la recherche en biologie de notre pays. Alors qu’en physique nous sommes plutôt bien lotis, les sciences de la vie ont rarement eu les honneurs de Stockholm.
 
Cette « sécheresse » traduit bien le désamour des jeunes chercheurs pour les carrières de la biologie.
 
Un manque d’attrait aux causes multiples mais qui est surtout lié à la difficulté de trouver des postes après avoir fait de longues études. Après aussi avoir passé des années à rédiger une thèse de sciences, travail ardu et compliqué. Il faut aussi savoir partir dans un laboratoire d’accueil à l’étranger pendant quelques temps pour acquérir d’autres techniques et d’autres formations.
 
Ces exigences, ces contraintes seraient d’autant plus acceptées que les jeunes chercheurs seraient sûrs de trouver un emploi au bout de ce parcours initiatique. Sûrs peut-être également de pouvoir ensuite rejoindre des sociétés de biotechnologie où ils pourraient développer leurs aptitudes.
 
Mais voilà, la recherche est un des grands points noirs actuels. Il y a les difficultés de l’université à s’adapter à une recherche appliquée à côté de la recherche fondamentale si nécessaire.
Trop souvent encore, certains universitaires regardent les contrats avec le privé comme une sorte de pacte avec le diable.
 
Il faut dire que jusqu’il y a quelques années, les relations entre université et entreprises étaient plus que compliquées. Ainsi, un universitaire qui voulait valoriser sa recherche ne pouvait pas être actionnaire d’une société qui développerait ses travaux.
 
Claude Allègre, alors ministre de l’Education nationale et des universités a changé les textes, permettant à un universitaire de posséder jusqu’à 15 % du capital d’une telle société.
 
Autre problème, la frilosité des financiers vis-à-vis de ces jeunes sociétés qui se lancent sur des marchés très étroits, ce qu’on appelle des « niches ». Le capital-risque, ce que les anglo-saxons appellent venture capital, est moins agressif en France que dans d’autres zones européennes et bien sûr aux Etats-Unis. Là bas, les jeunes sociétés peuvent lever des fonds auprès d’investisseurs sans avoir à entrer sur les marchés boursiers et elles trouvent de vrais investisseurs prêts à mettre des fortunes dans ces « start-up ».
 
Enfin, il y a la frilosité des pouvoirs publics face à certains défis technologiques. L’exemple de la recherche sur les cellules souches en est un bon exemple.
 
Pour des raisons tout bonnement idéologiques, cette recherche a été freinée en France pendant des années. Actuellement elle est permise sous certaines conditions mais de façon temporaire. Rien ne dit que la prochaine révision des lois gouvernant la bioéthique amélioreront les choses. De plus, ces lois étant théoriquement promulguées pour cinq ans, il est difficile de bâtir des projets dont on ne peut affirmer la pérennité.
 
Le développement des biotechnologies génère des milliers d’emplois. Permettre à notre pays de se mettre au niveau de la Grande-Bretagne serait déjà bien ! On en arrive au paradoxe de former pendant des années des scientifiques de haut niveau dans des universités qui, contrairement à d’autres pays, n’exigent pas des frais de scolarités de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Une fois formés grâce à l’argent public, ces jeunes n’auront d’autre solution que de s’exiler pour faire profiter des sociétés privées étrangères de l’investissement de la collectivité française !
 
Nous sommes certainement très nombreux à espérer ne pas devoir attendre encore vingt ans pour entendre le premier lundi d’octobre, le jury du Nobel couronner une découverte bleu-blanc-rouge, dans le monde de la recherche biologique.
 
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Pour 2007 on estime à 800 millions d’euros l’investissement consacré à l’innovation dont la moitié provient des FCPI, fonds communs de placement pour l’innovation.
Ces FCPI permettent à un souscripteur de bénéficier  d’un crédit d’impot de 25 %, plafonné à 3000 euros.
 
Ces fonds sont majoritairement investis dans les sociétés ayant trait aux sciences de la vie et aux technologies de l’information.
 
Depuis leur lancement en 1998, ces FCPI auraient permis de créer 28000 emplois dans ces secteurs innovants.
Mais plusieurs sociétés ont vu leur valeur littéralement imploser lors de l’éclatement de la bulle internet en 2000.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Recherche en biologie : un Nobel qui cache la misère.

  1. Doktowess dit :

    Bonjour,

    La question du nombre de Nobel français dans le champ de la médecine et de la biologie pourrait apparaître comme un problème marginal. Mais il est vrai que cette faiblesse reflète parfaitement une faiblesse générale de la France dans ce domaine !

    Votre analyse est intéressante, mais je ne suis toutefois pas d’accord avec le constat d’un désamour des jeunes chercheurs pour la biologie. J’ai d’ailleurs expliqué, dans un message posté il y a un an, comment on m’avait empêché d’accéder à un cursus de recherche parce que je n’étais pas interne de spécialité et que j’avais dépassé les limites d’âge pour les bourses.

    Je partage votre opinion selon laquelle il faudrait renforcer la recherche appliquée, mais attention, il ne faut en aucun cas relâcher les efforts au niveau de la recherche fondamentale !

    J’ai connu des unités INSERM qui collaboraient bien avec des entreprises de biotechnologies ou des industries pharmaceutiques, dans le domaine de la cancérologie, qui se vantaient justement de collaborer avec l’industrie, de faire de la "recherche appliquée"….
    Mais l’industrie n’aime pas tellement l’innovation, en général les travaux menés se résument à reprendre des traitements classiques d’intérêt limité, à y ajouter un petit truc prétendument innovant, par exemple ajouter un anticorps monoclonal à la chimio, etc…. Ils s’amusent avec des souris, la "recette" marche un peu mieux que le traitement classique, mais ça ne casse quand-même pas trois pinces à un crabe.
    Enfin ils sont contents, ils ont collaboré avec l’industrie, ils ont publié dans un journal moyen mais référencé dans Pubmed, ça permet à un thésard de soutenir sa thèse, à un chef de clinique qui ne vient jamais au labo de mentionner la publication sur son CV pour son concours de "praticien hospitalier", et l’institution se vante pompeusement de collaborer avec le privé….
    Dans le même genre on voit un tas d’équipes développer des tests diagnostiques (recherche de mutations) qui coûtent une fortune et ne changent pas radicalement la prise en charge…

    C’est dommage, il y a plein de connaissances nouvelles dans le domaine, mais la recherche "appliquée" ne reprend que les connaissances les plus anciennes. Il faut bien se rendre à l’évidence, si les traitements actuels en cancérologie ont à peine évolué depuis 40 ans, il faut explorer des idées nouvelles.
    On sait bien que l’industrie innove peu, elle préfère développer à peu de frais un nouvel analogue d’une vieille molécule, qui n’apporte rien de plus ou pas grand chose, et mettre tout l’argent dans la publicité autour de cette non-innovation. On communique, ça fait monter les actions, ça profite aux actionnaires, et c’est la sécu qui trinque.

    L’effort en recherche "fondamentale" (parfois je ne saisis pas bien la limite…) ne doit donc pas être négligé. Il doit être mené sereinement par les instituts publics (ou les "charities") sans souci de l’intérêt économique immédiat.
    Le problème de la France réside dans la rigidité et l’obsolescence de ses structures de type soviétique. Le statut de chercheur-fonctionnaire est une aberration, pour un métier créatif qui s’apparente plutôt à l’art ou au sport de haut niveau.
    Imaginerait-on un peintre, un chanteur ou un athlète fonctionnaire, recruté sur concours ? C’est ridicule.
    On n’est pas forcément créatif toute sa vie. La plupart des chercheurs que j’ai connus à l’INSERM étaient brillants et motivés. Mais il y en a aussi qui sont usés, qui n’ont plus d’idées, ne font même plus de biblio… ils bidouillent encore un sujet qui leur a valu une bonne publication dix ans auparavant et n’en tirent plus rien. J’en ai même connu une qui avait demandé à être "rétrogradée" technicienne de labo. Parfois ce sont justement les techniciens qui sont les plus innovants !

    Si l’on fait la synthèse des perspectives actuelles, il y a d’un côté la clique de "Sauvons la recherche" qui ne veut surtout rien changer à la contre-productivité actuelle du système, qui exige toujours "plus" mais jamais "mieux", et d’un autre côté un gouvernement qui ne retient que les mauvaises solutions du libéralisme et du dirigisme: enjoindre au public de faire de la recherche appliquée en fusillant la recherche fondamentale, évaluer (mais évaluer quoi et comment ?), reconvertir les chercheurs titulaires "usés" vers l’enseignement (bonjour la qualité de l’enseignement !)….et dans tous les cas réduire les financements.

    Et si on changeait de perspective ?
    En admettant que la recherche "fondamentale" est avant tout affaire de créativité, on pourrait supprimer le statut de chercheur titulaire, les chercheurs ne resteraient en poste que s’ils sont "créatifs", mais, en contrepartie, on doublerait les salaires. Le chercheur ne serait donc que "de passage" dans l’institution, mais un CDD renouvelé avec 3000 euros nets par mois, ce qui changerait quand-même les choses !

    En bref, flexibiliser et surtout motiver serait certainement plus productif qu’évaluer sur des critères fumeux et contraindre comme on veut le faire.
    Bien-sûr il faut réfléchir à l’avenir professionnel des chercheurs "fondamentaux" qui ne se montreraient plus très créatifs (terme plus approprié que "productifs"). L’enseignement, pourquoi pas s’ils sont motivés et aptes à la pédagogie, mais aussi….la recherche "appliquée". Des chercheurs qui ont acquis une expérience et produit de la connaissance peuvent très bien faire l’affaire pour de la recherche d’aval, où le but n’est pas de créer de la connaissance mais d’approfondir une connaissance déjà créée.

    Par contre attention à la fausse bonne idée d’associer le public et l’industrie, les objectifs ne sont pas les mêmes, et la recherche publique risque d’être orientée en fonction de son intérêt commercial potentiel, sûrement au détriment de la recherche fondamentale. D’ailleurs même les Etats-Unis ne semblent pas suivre cette voie, les budgets de la recherche publique y sont supérieurs aux budgets français, sans parler du mécénat…
    Car la question est là: comment bénéficier de fonds privés sans sacrifier la recherche fondamentale, sans que le privé attende un retour sur investissement ? L’industriel Belge Solvay finançait bien les physiciens qui ont créé la physique quantique. Mais il n’en attendait rien, c’était du pur mécénat. Ou presque: les grandes entreprises ne se feraient-elles pas une bonne publicité bénéfique à leur chiffre d’affaire en affichant publiquement leur soutien financier à la recherche fondamentale sous forme de mécénat ? Il y a aussi le crédit d’impôts…

    Bon, maintenant, je change de sujet, vous parlez de la réticence que je déplore également vis-à-vis des cellules souches.
    Il y a certainement derrière tout cela des idéologues conservateurs, il est si commode se de retrancher derrière l’"éthique", mot à la mode.
    Mais il me semble que les journalistes ont été très mauvais. Presque chaque fois, quand je lis ou que j’entends quelque chose sur les cellules souches, les journalistes parlent du "clonage humain", des "dérives" possibles, bref, ils ont un génie particulier pour élaborer toute sorte de scénarios farfelus, du spectaculaire, du raccoleur… alors même que pour le moment les cellules souches n’ont aucun commencement d’application pratique.

    A bientôt !

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