VIH/SIDA : Le Nobel pour la découvreuse du virus.

L’attribution du prix Nobel à trois spécialistes en virologie est un événement. Scientifique mais aussi politique car le choix du jury suédois et surtout son oubli n’est pas anodin.

Françoise Barré-Sinoussi voit enfin son travail récompensé et porté à la connaissance de tous. Dans le monde scientifique, on savait depuis toujours que c’est elle qui avait isolé et identifié le virus qu’on appelle aujourd’hui VIH pour virus de l’immunodéficience humaine.

Tout z commencé en 1981 quand un groupe de jeunes médecins, Willy Rozenbaum, Jean-Claude Gluckman et David Klatzman s’occupent de patients dont les défenses immunitaires s’effondrent de façon inattendue.

Deux ganglions seront prélevés sur des patients dont on sait le « nom de code »BRU et LAI.

Ce sont ces ganglions qui permettront à Françoise Barré-Sinoussi et à son équipe, après de longues semaines de culture, de constater que certains globules blancs, les lymphocytes T, sont attaqués et tués par un nouveau virus.

L’équipe se rend compte que ce virus appartient à une famille particulière, celle qu’on appelle les rétrovirus. Ces virus ont un programme génétique composé d’ARN et, pour utiliser la machinerie cellulaire des hôtes qu’ils infectent, il leur faut traduire ce message en ADN. Ils découvrent qu’il appartient plus précisément à une famille de virus récemment isolée, les virus HTLV pour Human T-cell leukelia viruses, des virus impliqués notamment au japon dans l’apparition de leucémies.

Mais le virus isolé à Pasteur est totalement différent des autres membres de la famille. Il faut donc confirmer la découverte.

Le spécialiste incontesté des rétrovirus, celui qui a mis au jour cette famille, c’est Robert Gallo. Il travaille à Baltimore aux Etats-Unis.

Le prélèvement arrivera donc dans le laboratoire américain pour confirmer ses caractéristiques. Mais l’histoire va franchement dégénérer quand l’équipe américaine va, en 1984, publier la découverte d’un virus baptisé HTLV III.

Mais ce virus avait une sacrée ressemblance avec le LAV des Pasteuriens. Le problème c’est que l’enjeu commercial était énorme. Car la découverte du virus permettait la mise au point d’un test de dépistage. Un marché colossal avec des retombées phénoménales.

C’est donc une longue bataille juridique qui se livra pendant trois ans avant la signature d’un « armistice » entre Jacques Chirac, alors Premier ministre et Margaret Heckler, la secrétaire d’Etat à la santé  des Etats-Unis.

C’est à cette occasion, également que les deux virus LAV et HTLV III devinrent un seul et même virus VIH ou HIV pour les anglo-saxons.

Le prix Nobel attribué à Françoise Barré Sinoussi est une belle récompense; mais il ne faut pas oublier que sans ces jeunes médecins cités plus haut et qui eurent le réflexe de prélever des ganglions sur des patients atteints de syndromes bizarres pour l’époque, rien n’aurait été possible.

Il faut aussi se rappeler que l’establishment médical parisien traita avec la plus grande incrédulité l’équipe dirigée par Luc Montagnier, voire avec mépris, allant jusqu’à douter des capacités de cette équipe à découvrir le virus avant les américains.

Enfin, il ne faut pas oublier que Robert Gallo est un très grand chercheur, même s’il n’a pas eu, en, l’occurrence un comportement élégant. C’est ce manquement à l’éthique que sanctionne semble-t-il le comité Nobel, en privant Gallo d’une récompense que son activité scientifique antérieure aurait justifié.

Vingt-cinq ans après sa découverte, le virus VIH fait toujours la nique aux chercheurs. Son génie diabolique freine la mise au point de vaccins préventifs et thérapeutiques.

Mais, pour autant, la recherche avance, malgré un désintérêt relatif des financeurs et du public pour une affection qui touche tous les continents, tous les âges et beaucoup  de femmes en âge de procréer.

Le combat est donc loin d’être terminé.

 

Outre Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, il ne faut pas oublier le troisième lauréat, l’Allemand Harald zur Hauser. Il a découvert les papillomavirus humains, ou HPV.

ces virus sont impliqués dnas la génèse des cancers du col de l’utérus, mais aussi de lésions vulvaires et péniennes.

On suspecte aussi un rôle de ces virus dans certains cancers de la gorge et ils sont d’ailleurs de plus en plus fréquemment retrouvés dans ce type de cancer, comme on l’a signalé il y a quelques mois lors du congrès américain de cancérologie.

Les travaux de ce chercheur ont abouti à la mise au point de deux vaccins qui protègent contre 70  % des virus impliqués dans les cancers du col de l’utérus.

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH/SIDA : Le Nobel pour la découvreuse du virus.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

     

    D’ailleurs, c’est lui qui fait la bonne affaire puisqu’il a la moitié du prix et que les français en ont un quart chacun !

    Plus sérieusement, c’est vrai que le cocorico fait oublier le travail de cet homme. Après le virus de l’hépatite B, cela a été la deuxième démonstration qu’un vaccin contre un virus pouvait aussi freiner le développement d’un cancer.

  2. Sophie Coisne dit :

     

    Effectivement, il ne faut pas oublier Harald zur Hauser et sa découverte du papillomavirus. Pour la petite histoire, Valérie Pécresse, notre Ministre de la Recherche, l’a passé à  la trappe hier, saluant uniquement nos deux Nobel français, lors de son discours à  l’inauguration de l’exposition « Nobel » du Palais de la découverte !
    Sophie Coisne, La Recherche
     
     
     

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