CANCER : un combat à mener dans l’ARN.

Des cellules normales au fonctionnement normal et qui ont un programme génétique normal. Pourtant, au bout, ces cellules vont se cancériser. La faute à pas de chance ?
 Non, mais à un mécanisme jusque là ignoré et qui, c’est la bonne nouvelle, peut déjà   être combattu expérimentalement.
 
 
Les milliards de cellules qui constituent notre organisme sont de dures travailleuses. Rien qu’en ce qui concerne notre programme génétique, porté sous forme d’ADN par les chromosomes, elles en recopient chaque jour l’équivalent de la distance de la Terre au soleil, soit cent cinquante millions de kilomètres.
 
Ces cellules fabriquent des protéines, des hormones, des médiateurs, envoient des messages et, surtout, se divisent pour donner des cellules-filles.
 
Toutes ne sont pas concernées par ce phénomène de division mais les élues n’ont pas une vie facile. Chaque étape qui va conduire de la cellule originelle aux deux cellules-filles fait l’objet de contrôles de qualité drastiques.
 
S’il se passe quelque chose, les productions sont arrêtées et la cellule reçoit l’ordre de déclencher un phénomène appelé apoptose. Plus crûment elle est priée de se suicider !
 
Mais si les contrôles sont mal faits, si les gènes chargés du travail sont incompétents parce qu’ils ont subi une mutation, alors c’est la catastrophe.
 
La cellule va se reproduire vite et souvent et surtout devenir immortelle. Ainsi des cellules anormales vont prendre le dessus, quitter leur lieu de résidence habituel pour disséminer dans l’organisme.
 
Le cancer est installé et règne en maitre.
 
 
TOUT A L’AIR NORMAL MAIS …
 
 
 
Mais les travaux d’une équipe italienne, publiés le 1er octobre apportent un nouvel éclairage sur les mécanismes qui conduisent à la cancérisation des tissus.
 
Dans le phénomène qu’ils décrivent et qu’on retrouve dans des cancers du sein, de l’ovaire du rein ou de l’estomac, il n’y a pas d’emballement d’un gene devenu subitement fou, pas plus que de fabrication excessive de récepteurs sensibles aux effets d’hormones.
 
Paradoxalement, tout est normal dans les cellules qui vont pourtant dégénérer. Du moins jusqu’à un certain point.
 
Ce point c’est la rencontre et le mélange fortuit de deux messages génétiques qui n’auraient jamais du se croiser.
 
Parmi les milliers de produits élaborés par nos genes, il y en a deux qui jouent des rôles très différents et qu’apriori, rien ne doit amener à se croiser.
 
Un gene va libérer une instruction pour la cellule sous forme de ce qu’on appelle un ARN messager ou ARNm. Ce message vise à faire fabriquer par la machinerie cellulaire une substance appelée Cycline D1. Cette CD1 va jouer un rôle dans les processus qui conduisent une cellule à se préparer à donner naissance à deux cellules-filles.
 
Un autre gene délivre une autre instruction, toujours sous la forme d’un ARNm pour faire synthétiser TROP-2.
 
Cette protéine joue un rôle essentiel dans les phénomènes d’adhésion entre cellules. A l’état normal, en effet, les diverses cellules qui constituent un organe vont se coller les unes aux autres sans se chevaucher et sans ainsi pouvoir se libérer pour partir, par exemple, dans la circulation sanguine.
 
Cette caractéristique est absente chez les cellules cancéreuses qui ne respectent pas l’architecture du tissu concerné et vont disséminer aisément pour former des métastases dans d’autres endroits de l’organisme.
 
Dans les cellules de cancer de l’ovaire examinées par Salverio Alberti, il n’y avait nullement d’excès de fabrication de cycline D1 ou de TROP-2.
 
Alors pourquoi les cellules étaient-elles devenues cancéreuses ? Tout simplement parce que les ARNm des deux protéines avaient formé une chimère. Derrière ce mot, il faut comprendre que les deux ARNm sont devenus un seul et même ARNm.
 
Les deux messages génétiques se sont aboutés, conduisant à la formation d’une instruction aberrante à partir de deux structures répétons-le normales.
 
Un phénomène méconnu jusque là. Et quand les chercheurs ont reproduit cette chimère en laboratoire et l’ont introduit dans diverses cultures cellulaires, la cancérisation s’est produite.
 
FREINER LA LIBERTE D’EXPRESSION
 
 
Mais cette nouvelle plutôt désagréable a aussi un versant positif. On sait, en effet, déjà expérimentalement rendre « silencieux » ces ARNm débiles.
 
Pour qu’ils exercent leur funeste action, ils doivent passer dans une structure appelée un ribosome. C’est un peu comme la tête de lecture d’un magnétoscope.
 
Or, on sait fabriquer une sorte de copie inverse du message devant être lu. Cette copie inverse va se coller sur l’original et comme le ribosome ne peut lire qu’un brin et non pas deux, le mécanisme d’interrompt. On a « encrassé » la tête de lecture.
 
De nombreux travaux sont en cours à travers le monde pour développer ces ARN capables de réduire au silence les ARNm porteurs d’informations anormales.
 
Le fait que cette chimère Cycline D1-TROP-2 soit impliquée dans plusieurs cancers laisse donc à penser qu’on aura un jour les moyens de bloquer ses effets.
 
En laboratoire, en tous cas, les résultats ont été concluants.
 
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Emanuela Guerra et al.
 
A bicistronic cyclin D1-TROP2 mRNA chimera demonstrates a novel oncogenic mechanism in human cancer.
 
Cancer Res 2008.68;19:1-9
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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