Bisphenol A : un produit omniprésent et sans doute pas pour notre bien uniquement

Du gobelet au biberon, de l’intérieur de la canette à la prothèse dentaire, nous vivons entourés de bisphénol A.

Et, apparemment, ce produit ne nous veut pas que du bien si l’on en croit une étude publiée aujourd’hui dans le Journal of the American Medical Association.

Cet été, le bisphenol A ou BPA avait fait parler de lui quand le Canada a pris la décision de classer ce produit comme hautement toxique. Or, le BPA est un constituant des biberons et cette décision avait généré une polémique, les Etats-Unis et l’Europe avaient en effet décidé de camper sur leurs positions et de ne pas revoir les normes concernant ce produit.

Il faut dire que ce sont près de trois millions de tonnes qui sont ainsi produites chaque année, et que les industriels adorent ce produit.

Il a un intérêt esthétique puisqu’il permet de garder les flaconnages transparents. Il résiste aux hautes températures et renforce la structure des plastiques utilisés comme contenants alimentaires.

On le retrouve donc dans les polycarbonates qui servent à accueillir aliments et boissons mais aussi dans des résines époxy utilisées dans les peintures, le matériel de prothèse dentaire mais aussi dans le revêtement interne de certains récipients.

C’est pour cela que nous en ingérons et en respirons, au point qu’on en retrouve dans les urines de 95 % des américains !

Mais cette ingestion n’est pas anodine. Car le BPA a une structure chimique qui le rend très proche dans ses mécanismes d’action des œstrogènes, l’une des deux principales hormones femelles.

Et le BPA peut jouer sur un type particulier de cellules, les cellules béta pancréatiques, celles qui secrètent l’insuline, hormone impliquée dans la régulation du métabolisme du sucre dans notre organisme.

Modifier la façon dont notre organisme répond aux stimulations de l’insuline c’est courir le risque de voir apparaitre des pathologies comme le diabète de type 2, dit diabète gras, et un excès de poids conduisant à l’obésité.

Pour mesurer les conséquences de cette exposition au BPA des chercheurs ont analysé les urines de 1455 adultes, 761 femmes et 694 hommes, dont l’âge allait de 18 à 74 ans.
Ces personnes participaient à une grande enquête nutritionnelle périodique menée aux Etats-Unis, l’étude NHANES (National Heath and Nutrition Examination Survey).

L’analyse montre que le groupe qui avait la concentration urinaire la plus élevée de BPA avait un risque de souffrir de diabète gras ou de maladies cardiovasculaires supérieur de 40 % par rapport à ceux ayant un taux bas.

De la même façon, ces personnes présentaient de façon plus importante des anomalies du fonctionnement du foie. Preuve en est des taux anormaux de trois enzymes hépatiques, la gamma glutamyltransférase, les phosphatases alcalines et la lacticodéshydrogénase.

L’étude ne permet pas de dire qu’il y a un lien causal entre le taux de BPA et l’apparition des pathologies.

Mais elle a le mérite de poser une nouvelle fois la question de l’innocuité de ce produit.
Les industriels pensent qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter et ils n’ont aucune envie de voir ce produit remis en question.

Les autorités scientifiques et sanitaires américaines et européennes ne semblent pas, non plus, s’émouvoir. Elles ne parlent pas, pour l’instant, d’abaisser les taux de dose journalière admissible.

Pourtant de nombreuses études de laboratoires montrent que ce produit, même à des doses inférieures aux taux légaux, n’est pas sans effets sur nos cellules.

Et même si la souris n’élimine pas ce produit comme l’être humain, on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien.

Il serait sans doute nécessaire de revoir les données sur ce BPA avec les outils modernes et actuels de la recherche en toxicologie.

Je souhaitais avoir ce matin l’avis d’un des nombreux experts de l’Agence européenne de sécurité alimentaire.
Malheureusement aucun d’entre eux n’était disponible pour me répondre.

Sans doute un problème d’emploi du temps passager.

LIRE l’ETUDE et l’éditorial qui l’accompagne.

Iain A. Lang et al.

Association of Urinary BisphenolA Concentration With Medical Disorders and Laboratory Abnormalities in Adults

JAMA. 2008;300(11):1303-1310

Frederick S. vom Saal;John Peterson Myers

Bisphenol A and Risk of Metabolic Disorders

JAMA. 2008;300(11):1353
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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Bisphenol A : un produit omniprésent et sans doute pas pour notre bien uniquement

  1. Harmonie dit :

    En milieu hospitalier , les solutés pour perfusion contenus auparavant dans des bouteilles en verre sont depuis plusieurs années remplacées par des poches plastiques 07 ,donc du polycarbonate.Ces solutés seront stockés dans des pièces à 20 ,22 °avec un pourcentage d’eau à 98%,voire 99 d’où je crois le danger de l’hydrolyse.
    Ces perfusions sont administrées à toutes personnes ,du nouveau-né à la personne âgée, cela m’interpelle.

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