Santé : l’ordonnance est dans le journal ou quand la presse prescrit.

Vous voulez un produit qui vous aide à aller mieux ? N’allez pas voir votre médecin , mais votre journaliste habituel. Explications.

Le marché de la santé s’élargit. Le monde de l’agroalimentaire investit de plus en plus ce secteur comme l’ont montré depuis longtemps les Etats-Unis. Là-bas, de nombreux produits comportent sur l’emballage des « health claims », ce qu’on appelle ici des « allégations santé ».

A une époque même, moyennant des sommes rondelettes, des sociétés savantes comme l’American heart association( AHA) la principale organisation de cardiologie outre-Atlantique, acceptaient d’endosser ces allégations et d’accoler leur logo sur les produits.

Nous n’en sommes pas encore là en France, même si les rayons de nos magasins commencent à voir fleurir des produits anti-cholestérol sous forme de yaourts ou de margarine.

Mais le fin du fin est de viser un public plus large, pas celui qui aurait trop de ceci ou de cela. Faire en quelque sorte de la prévention avec un produit d’usage quotidien sans idée de traitement.

Pour les industriels, la situation est à la fois simple et compliquée : il faut amener le consommateur à choisir un produit censé lui être bénéfique et qu’il va donc payer plus cher qu’un produit équivalent. Mais comme il ne s’agit pas d’un médicament, il ne faut pas compter suri les médecins pour prescrire ce produit.

Pourtant, il faut une caution médicale. Alors les industriels, qui sont tout sauf des mauvais communicants, ont trouvé la parade.

Se servir d’un événement médical où vont surtout des journalistes pour accréditer la notion de bienfait de leur produit.

C’est ainsi qu’en ce moment, aux Entretiens de Bichat, plusieurs tables-rondes, voient de doctes intervenants parler des bienfaits de diverses substances avec, comme le dit le programme, le « soutien » de l’industriel.

Ces conférences, censées être un lieu où les médecins généralistes peuvent parfaire leur formation permanente, étaient jusque là une chasse gardée de l’industrie pharmaceutique qui « soutenait » elle aussi des tables-rondes où le message scientifique n’avait pas toujours la neutralité qu’on est en droit d’attendre d’une manifestation qui se veut académique.

Mais ce type de grand-messe a vécu et les Entretiens de Bichat ne sont plus une manifestation essentielle à la formation des médecins qui ont mille autres façons de se former, avec l’aide de l’industrie pharmaceutique la plupart du temps.

Le créneau ainsi libéré a été récupéré par d’autres et, en premier lieu l’agroalimentaire. Car les Entretiens de Bichat sont pour eux et surtout pour les agences de relations publiques qu’ils emploient, l’occasion de bombarder la presse d’informations et d’invitations à ces fameuses tables-rondes.

En y ajoutant, par exemple, comme ce fut le cas ce matin pour moi, une bouteille d’huile censée, grâce à l’acide docosahexoénoique qu’elle contient, prévenir le déclin cognitif qui me menace.

Si le hasard veut que j’assiste demain à la table-ronde que « soutient » donc ce fabricant d’huile, je pourrai donc y entendre trois scientifiques entretenir l’audience du sujet suivant : » La prévention du déclin cognitif est-elle possible ? Et quelle place pour l’alimentation ? »

Sans y aller, je connais déjà la réponse. C’est oui, grâce au fameux acide susnommé qu’on appelle aussi DHA et aux oméga-3. Et devinez où on les trouve ? Dans une bouteille d’huile, bien sûr !

Durant ces mêmes journées, un géant des sodas, boissons gazeuses et autres eaux « soutient » une table-ronde sur « ce que boivent les Français » . Autre exemple, celui de ce ce géant du thé qui « soutient » une conférence sur l’intérêt du thé vert dans le contrôle du poids. Et c’est sûrement un hasard si l’un des intervenants appartient au conseil scientifique mis en place par ce géant de la petite feuille..

Le but est de trouver quelques journalistes pas trop regardants, prêts à recopier la bonne parole en interviewant le ou les orateurs et l’affaire est gagnée.

La prescription ne se fera pas sur une ordonnance, mais directement par un article sur papier-journal. Et cet article sera repris en radio et en télévision assurant ainsi une prescription à quelques centaines de milliers, voire des millions d’exemplaires. Rentable, non ?

Dans toutes les réunions médicales dignes de ce nom, on exige avant toute prise de parole par un expert ou un intervenant, qu’il dévoile ses conflits potentiels d’intérêt. Cela veut dire qu’il doit dire s’il a perçu des honoraires ou détient des actions ou a travaillé comme consultant pour un ou plusieurs laboratoires ou industriels fabriquant du matériel médical par exemple.

Je ne sais pas si cette règle est en vigueur lors de ces Entretiens et si elle s’applique aux relations avec l’industrie agroalimentaire.

Je pense que ce serait bien qu’il en soit ainsi.

Cela ne change pas grand-chose au système, mais, au moins, on écoute d’une oreille un peu plus critique un intervenant quand on sait que son message n’est peut-être pas délivré totalement gratuitement.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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