Chirurgie digestive : le chewing-gum pour boucher le trou de la Sécu.

Mâcher du chewing-gum peut être bon pour la santé. Mieux encore, ce peut être excellent pour aider à combler le trou de l’assurance-maladie si l’on en croit des travaux anglais publiés aujourd’hui.

On nomme cette sensation très désagréable un « iléus ». C’est un blocage intestinal qui suit une intervention sur la partie basse du tube digestif. Plus rien ne passe, pas même le moindre gaz. Le ventre est distendu et l’inconfort est majeur.

Cela vous est peut-être arrivé si vous avez eu à subir une intervention sur le colon et vous avez eu droit à la rituelle question du chirurgien « Vous avez pété aujourd’hui ? » Question triviale mais posée pour le bien du malade. La reprise des flatulences signe la levée de l’obstacle et la toute prochaine reprise du transit.

Cette situation où rien ne passe est très pénible pour le patient et pénible pour les comptes de la Sécu car il est hors de question de faire sortir un patient tant que subsiste l’iléus.

Comment faire pour améliorer les choses ? La réponse est peut-être assez simple si l’on en croit la compilation de cinq études réalisée par une équipe du St Mary’s hospital de Londres.

Reprenant ces études impliquant au total 158 patients, l’équipe londonienne a regardé ce qui se passait lorsqu’on proposait aux patients opérés de l’intestin, dès le lendemain de l’intervention, de mâcher pendant 5 à 45 minutes du chewing-gum sans sucres. à raison de trois mastications par jour.

En analysant les résultats, ils ont constaté que les mâchouilleurs libéraient leurs premiers gaz 0,66 jours plus tôt que ceux qui n’avaient pas eu droit à la barre de gomme.

Mine de rien, quand on souffre et qu’on a le ventre distendu, gagner deux tiers de jours ce n’est pas négligeable. Ce sont 16 heures de souffrance et d’inconfort en moins.

Quant à la reprise des mouvements de l’intestin, le péristaltisme, le groupe qui mâchait l’a constaté en moyenne 1,10 jour avant l’autre groupe.

Pour ce qui est de la durée de séjour, la différence globale entre les deux groupes n’était pas significative.

Mais si on exclut de l’analyse les patients ayant subi la pose d’une stomie, c’est-à-dire un anus artificiel, au cours de l’intervention, les résultats sont très différents.

Dans ce cas, la durée moyenne de séjour était raccourcie de 2,46 jours chez les adeptes de la gomme de sapotillier.

Ces bénéfices sont sans doute dus au fait que mâcher du chewing-gum est ressenti par l’organisme comme un « leurre alimentaire ». Il n’y a pas de prise d’aliments mais la sécrétion de salive, d’enzymes pancréatiques et d’hormones gastro-intestinales fait croire au système nerveux autonome qui régit les mouvements intestinaux qu’il y a l’arrivée imminente du bol alimentaire.

Répétons-le, il s’agit d’une méta-analyse et non pas d’une étude originale. Ce qui veut dire que les enseignements tirés de ce travail méritent qu’on conduise maintenant une vraie étude selon les critères scientifiques habituels, c’est-à-dire avec deux groupes de patients et des investigateurs ne sachant pas qui reçoit quoi.

En attendant que cette étude soit lancée, on peut déjà imaginer quels pourraient être les bénéfices récoltés. Le séjour moyen après ablation de tout ou partie du colon peut aller de 13 à 26 jours. Et le prix de journée dépasse les 400 euros. Une plaquette de chewing-gum coûte quelques centimes d’euros.

Il y a des économistes de la santé qui vont se prendre peut-être à rêver : pouvoir effacer une partie du déficit de l’assurance-maladie à coup de gomme.

Mais de la gomme à mâcher.

Références de l’étude :

Sanjay Purkayasth et al.

Meta-analysis of Randomized Studies Evaluating Chewing Gum to Enhance Postoperative Recovery Following Colectomy

Arch Surg. 2008;143,8:788-793.

Site web : www.archsurg.com

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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