VIH/SIDA: attention avant de décapoter.

Une personne séropositive pour le virus VIH peut-elle ne plus utiliser de préservatif si, sous traitement, sa charge virale est indétectable ? Oui, sous certaines conditions, dit le Pr Bernard Hirschel, de Genève. Un message qui n’est pas sans poser quelques questions.

C’est lors de la conférence qui s’achève aujourd’hui à Mexico que Bernard Hirschel a présenté des travaux qu’il avait déjà évoqués fin 2007. Il estime qu’une personne prenant un traitement combiné, une trithérapie, depuis plus de six mois et dont les examens sanguins ne révèlent pas de trace virale présente un risque infectieux négligeable.

Cela veut dire donc un risque de contamination en cas de rapport non protégé quasi nul. Mais, attention : « quasi nul » n’est pas la même chose que « nul ». D’ailleurs, Bernard Hirschel précise lui-même que lors d’un rapport avec préservatif entre une personne séropositive et son/sa partenaire, le risque de contamination est de 1 sur 30 000 alors qu’il passe à 1 pour 100 000 dans le cas de figure d’une personne traitée et dont la charge virale est indétectable.

Un risque statistiquement trois fois moindre donc, mais pas nul. Une situation qui suppose que la personne suive correctement son traitement, que sa charge virale soit indétectable et qu’il n’existe pas d’infection sexuellement transmissible concomitante, type herpès génital, un cofacteur non négligeable du risque infectieux lié au VIH.

Deux remarques s’imposent : une charge virale indétectable ne veut pas dire que le virus a disparu. Cela signifie qu’il existe moins de cinquante copies du message génétique du virus par millilitres de sang. On sait, de plus, que le virus se réfugie dans des « réservoirs » dont il peut ressortir à tout moment.

La deuxième remarque concerne la magnitude du risque résiduel. On peut évidemment considérer qu’un risque de 1 pour 100 000 est un risque très faible. Je voudrais rappeler que le risque statistique résiduel lié à la transfusion sanguine est d’environ 1 pour 2,5 millions.

Donc, la probabilité d’un rapport contaminant attribuable à une personne séropositive au virus VIH, et qui rentre dans les critères définis par les travaux de Bernard Hirschel est 25 fois supérieure au risque transfusionnel.

Les résultats annoncés par le spécialiste helvétique méritent évidemment d’être examinés et plusieurs équipes suivant des personnes traitées par trithérapie scrutent avec attention ces résultats.

Mais il faut aussi savoir être prudent et faire très attention à la façon dont ce message risque d’être traduit ou distordu.

Entrer dans les critères d’Hirschel n’est pas simple, l’observance du traitement doit être rigoureuse, les coïnfections absentes.

Ne pas croire non plus que le préservatif est trois fois moins efficace que la trithérapie.

De toutes façons, décider d’avoir des rapports non protégés suppose qu’on soit certain que le ou la partenaire ne soit pas également porteur/se du virus, auquel cas une surinfection pourrait avoir des effets dramatiques.

Il faut évidemment en parler ensemble et en parler avec le professionnel qui suit la personne traitée.

Le virus VIH est un génie du mal. Lui laisser une once de liberté c’est lui donner les moyens de nuire instantanément.

Toute décision doit donc être largement mûrie et réfléchie.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à VIH/SIDA: attention avant de décapoter.

  1. jcm dit :

    je pense que vous oubliez l’essentiel : la banalisation du sida est désormais possible ET préventive car même si moins de personnes se protègent, elles ne seront plus dangeureuses quand les gens non dépistés iront au dépistage. Pour l’instant, il y a reprise des risques inéluctables, et surenchères de discours de méfiance pour la contrer, ce quine diminue pas la reprise des risques mais éloigne du dépistage. par ailleurs, beaucoup de prsonnes séropositives qui refusent le préso ont pu contaminer faute d’avoir respecté l’observance, n’étant pas informé de ses effets préventifs.

  2. hugo dit :

    Vous avez sans doute raison de parlez de prudence. Mais au moins vous, vous avez parlez des travaux d’Hirschel en précisant que c’est dans un contexte particulier. C’est respectueux de votre part. En effet, la plupart des interventions que l’on peut lire en France sont catégoriques, négatives et hautaines à l’encontre de ces travaux scientifiques vérifiés. Cela dérangerait-il un business de reconnaître cette étude? mystère et boule de gomme.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Vous parlez de scepticisme, je répondrai prudence. d’abord un petit rappel : il y a onze ans, David Ho, grand spécialiste du sida annonça lors d’une conférence à washington que l’avénement des trithérapies allait tout changer. En s’appuyant sur une modélisation statistique très puissante (on appelle cela un « Monte Carlo », par rapport au casino, rien à voir avec la famille princière), il déclara que l’organisme d’une personne séropositive au VIH serait débarrassée du virus en deux ans et demi gràce au traitement combiné. Quelques mois plus tard, on s’apercevait que non seulement le virus ne disparaissait pas mais qu’il se réfugiait dans des sanctuauires et pouvait revenir à tout moment. Mais surtout, dans les travaux développés par Hirschel, on est dans des populations assez limitées et particulièrement bien suivies. Or, il y a une marge de l’étude à la « vraie vie ». Je pense qu’il faut bien expliquer les conditions dans lesquelles les études sont réalisées, quels sont les critères retenus pour permettre aux personnes de ne plus se protéger. C’est cela la prudence, pour éviter de se retrouver avecc des situations d’échec et de catastrophe.

  4. Hugo dit :

    Bonjour,

    Comment se fait il qu il n y a qu’en France que l’on soit sceptique sur les travaux du professeur Hirschel ? Après tout cela a été confirmé par d’autres médecins.

    Quant à la surinfection? Mon médecin me dit qu’une surinfection n’a jamais été prouvée…

    Bref..

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