Dopage : les mêmes réseaux d’approvidionnement que pour les drogues illicites

Des produits destinés à des malades et qui se retrouvent dans le sang de sportifs. Bizarre, non ? Pas tant que cela si on veut bien se rappeler que les trafiquants savent aussi bien vendre des drogues illégales que détourner des drogues légales de leur usage.

Une molécule haut de gamme, de l’EPO de troisième génération et, en bout de course, un cycliste italien de 24 ans qui flingue une grande partie de sa carrière.
La question est de savoir comment il est arrivé à se procurer ce produit. Car, en Europe, la délivrance de ce genre de molécule est particulièrement contrôlée, du moins théoriquement. Les autorisations de mise sur le marché sont strictes. Pour l’EPO, ce sont les anémies liées aux insuffisances rénales sévères et celles rencontrées dans les cancers et les infections avancées liées au VIH.

Un marché particulièrement étroit, pas très lucratif pour les industriels même si les indications se sont élargies.

Il y a donc une partie de la production de ces molécules qui prennent des chemins très différents de ce qui était prévu au départ.

Certains n’hésitent d’ailleurs pas à accuser les laboratoires fabricant ces produits d’organiser le trafic qui permet aux sportifs de se doper.

L’affaire n’est pas aussi simple, même si le point de départ c’est quand même l’endroit où ces produits sont fabriqués ou stockés.

Lors d’une discussion informelle avec un ancien haut responsable d’un laboratoire international qui fabrique de l’hormone de croissance, mon interlocuteur me déclara en souriant « C’est fou le nombre d’enfants de petite taille qu’on diagnostique entre février et mai, du moins si j’en crois les sorties de produits à base d’hormone de croissance de nos stocks ! »

En effet, officiellement, l’utilisation de cette hormone n’est possible que sous certaines conditions très encadrées ; Mais les boites de seringues vendues avant la saison sportive dépassent de loin les cas de nanisme ! Il y a donc des complicités à divers étages pour alimenter les filières.

Et ces filières sont les mêmes que celles qui procurent également de la cocaïne et autres stupéfiants. Il aura fallu longtemps à la justice pour s’en rendre compte.

Pour preuve, l’anecdote réelle suivante. Il y a une dizaine d’années je me vois notifier une mise en examen pour « complicité de diffamation » par le doyen des juges d’instruction de Paris. La personne « offensée » a attaqué tous azimuts à la suite de sujets dans divers journaux télévisés et articles dans la presse. Ce faux médecin avait été brièvement incarcéré à l’époque en même temps qu’un homme de loi.

Une fois ma mise en examen prononcée, le juge et moi devisâmes ! Il me déclara justement ne pas comprendre l’acharnement de ses collègues à « embastiller » des personnes suspectées de fournir des substances dopantes aux sportifs. Je lui expliquai alors que ces réseaux étaient les mêmes que ceux qui œuvraient dans le trafic de drogue, mais je sentis bien que je ne le convaincrai pas. Heureusement, quelques semaines plus tard, dans une revue scientifique américaine, un article montrait que dans des salles de gym new-yorkaises, deux tiers des adeptes aux stéroïdes anabolisants étaient aussi des cocaïnomanes et des héroïnomanes et que les réseaux de pourvoyeurs étaient les mêmes.

Je me suis empressé d’envoyer cet article au magistrat.

Heureusement, depuis, les choses ont changé et les dopeurs sont considérés comme des dealers.

Quant à ma mise en examen, elle a été indolore, puisqu’un non-lieu général a été prononcé.
Ironie de l’histoire, le même qui nous avait poursuivi il y a dix ans attend actuellement le délibéré d’un tribunal qui pourrait bien le mettre à l’ombre pour quelques mois.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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