Dopage : EPO,HGH,IGF-1, les dangers à long terme des facteurs de croissance.

La nouvelle affaire de dopage à l’EPO d’un cycliste espagnol de l’équipe Liquigas pose un problème bien au-delà de la seule équité sportive. Il va falloir en effet suivre ces coureurs sur le long terme car les risques sanitaires et en particulier le risque de développer des tumeurs cancéreuses ne sont pas négligeables.

Tout laisse à penser que ce va être à nouveau la curée. La bêtise d’un coureur espagnol en fin de carrière, probablement dopé à l’EPO, va permettre à tout un tas de beaux esprits qui méprisent le cyclisme, ou plutôt les cyclistes, de se jeter à corps perdu dans une nouvelle attaque contre le Tour de France.

Je hais la triche et je hais le dopage et les « sorciers » qui gravitent autour des sportifs pour les « charger » en substances licites ou illicites. Ce sont les mêmes méthodes et les mêmes réseaux que ceux des trafics de stupéfiants et ils ne méritent aucune indulgence.

Mais je voudrais bien que la même véhémence se manifeste dans tous les autres sports, surtout quand des associations de joueurs par exemple, menacent de ne pas jouer un tournoi si les contrôles inopinés sont mis en place.

Mais les cyclistes ont toujours eu droit à un mépris suprême de la part de nombre de personnes trouvant ces garçons peu dignes d’intérêt, voire idiots.

Ceci étant, moi qui aime le sport cycliste et qui admire les efforts de ceux qui le pratiquent à un si haut niveau, j’ai vraiment peur pour un certain nombre d’entre eux.

Peur que dans dix ou vingt ans on ne découvre une véritable catastrophe sanitaire.
Depuis des années, en effet, circulent dans le peloton des produits qu’on nomme des « facteurs de croissance ».

Le plus connu est la fameuse EPO. C’est la copie d’une hormone naturelle, l’érythropoïétine, secrétée par le rein, el dont le rôle est de stimuler la fabrication de globules rouges en réponse à une oxygénation sanguine insuffisante.

Depuis la mise au point de la copie synthétique de l’hormone, beaucoup de malades en ont bénéficié pour éviter des transfusions, mais beaucoup de sportifs en ont aussi bénéficié sans aucune raison licite.

Depuis, d’autres facteurs de croissance ont circulé, comme l’hormone de croissance ou l’IGF-1 ou insulin growth factor 1. Cette dernière substance joue, à l’état normal, un rôle dans la croissance du fœtus et de l’enfant.

Mais on sait que depuis des années, elle est utilisée à des fins de dopage dans le monde sportif.

Or, de plus en plus de travaux scientifiques ont montré que ces facteurs de croissance sont impliqués dans le développement de tumeurs cancéreuses. Un taux élevé d’IGF-1 est un facteur de risque aujourd’hui quasiment indiscutable pour la survenue d’un cancer.

Ces facteurs peuvent stimuler en effet des mécanismes cellulaires de façon exagérée. Quand les cellules sont normales, pas de problème. Mais, chaque jour, nous produisons des centaines de cellules anormales qui ne demandent qu’à se cancériser. Si les systèmes de surveillance sont défaillants, ces cellules, inondées de facteurs de croissance, vont partir en ‘vrille’.

Quand on voit les doses d’EPO utilisées par les sportifs, on peut imaginer ce qu’il en est de l’hormone de croissance ou de l’IGF-1.

Pour en revenir à l’EPO, on a constaté chez des patients atteints de cancer que cette hormone pouvait stimuler le développement de cellules cancéreuses supplémentaires. Une mise en garde à ce sujet a d’ailleurs été faite lors du dernier congrès de l’association américaine de cancérologie.

Le suivi à long terme des sportifs de haut niveau est une nécessité sanitaire et morale.
On sait qu’une fois les « lampions éteints » la réalité est parfois terrible.
On le sait au plan psychologique, notamment grâce au travail remarquable fait au CHU St André de Bordeaux par Serge Simon et ses collègues au sein du CAPS, le Centre d’accompagnement et de prévention pour les sportifs.

Mais, au plan physique, il va falloir proposer à ces athlètes qui peuvent avoir usé et abusé de facteurs de croissance de les surveiller de façon régulière, non pas pour les culpabiliser, mais pour les aider au contraire et être en mesure de dépister certaines anomalies.

Du travail en perspective pour des médecins du sport et des épidémiologistes pour les vingt années à venir.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Dopage : EPO,HGH,IGF-1, les dangers à long terme des facteurs de croissance.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A MOROCONS :

    C’est bien de donner des leçons, mais encore faut-il ne pas se tromper !

    J’ai traduit ASCO par association américaine de cancérologie, mais l’acronyme ASCO signifie American society of clinical oncology et non pas « school ».

    Désolé!

     

     

     

     

  2. morocons dit :

    congrès de l’association américaine de cancérologie?? Ne serait ce pas plutôt le congrès de l’ASCO american school of oncology?

  3. stéphane dit :

    le plus pathétique dans l’usage de la GH (hormone de croissance) c’est qu’apparement ça n’améliore pas la performance (annals of internal medicine) et ici. kystes.blog.lemonde.fr/20…

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