Téléphone portable, suite mais sûrement pas fin : une communication très concurrentielle.

Il fallait s’y attendre : l’initiative portée par David Servan-Schreiber et à laquelle dix-neuf scientifiques se sont joints a fait jaser. C’était évidemment le but de ce grand spécialiste de la communication, téléphonique en l’occurrence puisque l’appel lancé dans le Journal du dimanche avait trait aux portables.

On aura beaucoup dit de choses sur cet appel. Rappelons qu’il n’apporte aucune information scientifique nouvelle mais qu’il souligne, une nouvelle fois, un certain nombre de mesures de précautions à prendre face à des risques potentiels qu’aucune étude n’a permis actuellement de quantifier.

Il est fort probable, d’ailleurs, qu’il sera impossible d’obtenir des réponses définitives même lors de la conclusion définitive de la grande étude INTERPHONE.

Comme je l’ai dit récemment , la rareté des tumeurs cérébrales fait qu’il faut étudier une population très nombreuse pour voir apparaître d’éventuelles anomalies et il faut que ces anomalies soient « logiques » et correspondent à des effets théoriquement attribuables à l’émission de champs électromagnétiques.

La controverse n’est pas éteinte, loin s’en faut.

Mais ce qui est intéressant aujourd’hui c’est l’occupation du terrain dans le domaine des risques environnementaux et leur association à la survenue de cancers.

La recherche environnementale est un des grands parents pauvres de la cancérologie.
Il faut dire qu’on est dans un domaine souvent caricatural et hautement manichéen. D’un côté des industriels et, souvent, des autorités sanitaires, qui trouvent que tout va bien. De l’autre des associations ou des groupes parfois un peu « étranges » et qui trouvent que tout va très mal. Or, en France, nous avons une propension à être touchés par un phénomène que j’appellerai le « syndrome de Robin des Bois ». Je m’explique : par principe, celui qu’on considère être le « petit », fussent ses arguments peu fondés ou scientifiquement contestables, aura raison face au « gros », l’industriel ou le scientifique. Attention, je ne mets pas ces derniers sur la même ligne. Avoir reçu une aide financière de l’industrie pour développer un projet scientifique n’est pas, comme le hurlent certain, une flétrissure qui vous disqualifie à vie. Un scientifique peut rester parfaitement objectif.

Certains de ceux qu’on nomme « chercheurs indépendants » sont indépendants justement parce que leur aura ou leur compétence fait qu’il ne vient à personne de s’adresser à eux pour certaines recherches spécialisées. Le « savant maudit » ou le « chercheur indépendant » fascine médias et certaines associations, mais n’aident pas vraiment à l’avancée de la connaissance.

Donc, un vide quasi sidéral dans le domaine de la recherche environnementale avec, pour ajouter à l’imbroglio, des erreurs manifestes de communication comme ce rapport sur les causes du cancer en France, publié par divers organismes, en septebre 2007 et qui négligeait de façon idiote l’impact des causes environnementales. Une négligence expliquée par la pauvreté des études, mais, ce fait aurait mérité justement d’être signalé et déploré plutôt que d’être balayé d’un trait de plume.

Comme la nature a horreur du vide, certains membres du corps médical ont décidé, depuis quelques années, d’occuper ce créneau du risque environnemental, quitte à diffuser des messages étonnamment contradictoires avec d’autres préoccupations majeures de santé publique. Dire par exemple, que le tabac n’explique pas tous les cancers du poumon c’est vrai.
Mais mettre en avant la responsabilité quasi-exclusive de l’environnement et minimiser le risque lié au tabac, soit pour le fumeur soit pour celles et ceux qui inhalent passivement cette fumée, c’est une vraie faute en matière de santé publique. On ne doit pas organiser un match entre les risques pour exister.

La recherche sur ces risques environnementaux est très compliquée, je le répète, tant des facteurs divers se télescopent. Avancer prudemment ce n’est pas essayer de cacher la vérité comme certains paranoïaques du web le laissent entendre. La science vit d’hypothèses, pas de dogmes et le syndrome « X Files » qui voudrait qu’on nous cache tout et que la vérité soit « ailleurs » permet de dire tout et n’importe quoi.

Pour finir sur ce sujet et avant de lire la série de commentaires qui ne manqueront pas de m’accuser d’être le porte-parole de tout un tas de lobbies (moi aussi je deviens paranoïaque),
Je voudrais vous proposer la lecture de deux textes.

L’un émane de l’Académie de médecine qui, pour la première fois, a fait une mise au point sur les informations diffusées. Ce genre de mise au point, fréquent dans les pays anglo-saxons est rare, chez nous, provenant d’une institution officielle.
Ce caractère institutionnel n’en fait ni un texte sacré ni un document à rejeter d’office. Je crois, au contraire qu’il faut le lire et le « critiquer » au sens positif du terme.
Je dirai, pour ma part, que c’est un premier exercice et que tout le monde est perfectible. Je ne parle là pas du style, mais de la façon dont les arguments sont développés.
Vos commentaires seront les bienvenus.

Le second document émane de l’association ARTAC. Son président ne figure pas dans la liste de David Servan-Schreiber. C’est une information fondamentale à connaître pour mieux en apprécier la lecture. Vous constaterez qu’on vit dans un monde apparemment extrêmement dangereux, même si les études ne sont pas encore toutes là pour confirmer ces craintes, voire ces menaces.

Je n’ajouterai qu’un commentaire: l’ARTAC voit dans l’appel de DSS la confirmation de travaux qu’elle défend. Or, l’appel ne contient aucune recherche ou étude nouvelle. Donc que peut-on trouver là comme confirmation ?

REACTION DE L’ACADEMIE NATIONALE DE MEDECINE[

REACTION DE L’ARTAC

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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