Greffe d’ovaires après cancer : chercher l’aiguille dans la botte de foin

C’est bien connu : une médaille a un avers et un revers. Une étude sur les fragments congelés d’ovaires de femmes traitées pour cancer vient nous rappeler cette évidence.

En 2005, pour la première fois au monde, une femme donnait naissance à un enfant après avoir subi une transplantation de son propre tissu ovarien.
Alors qu’elle allait être traitée pour un cancer, traitement pouvant la rendre à jamais stérile, les médecins israéliens du centre médical Chaim Sheba de Tel Hashomer lui avaient prélevé les ovaires qu’ils avaient congelés.

Plusieurs années après sa guérison, les fragments d’ovaire avaient été réimplantés et cette femme avait pu donner naissance à un enfant.
Depuis, cette technique a porté ses fruits, notamment en Belgique, comme je le racontais ici même en août 2007

Aujourd’hui, l’équipe israélienne publie e nouveaux travaux mais, pour cette fois, inciter leurs collègues à la prudence la plus grande vis-à-vis des conséquences de ces réimplantations.
La raison de leur inquiétude ? Etre sûr qu’en remettant des fragments ovariens dans l’abdomen de la patiente guérie, on ne va pas lui placer des cellules cancéreuses susceptibles de faire repartir son cancer.

Le Dr Dror Meirow qui a dirigé l’étude publiée dans la revue Human Reproduction, explique qu’ils ont travaillé, entre 1997 et 2007, avec 58 femmes atteintes de cancers hématologiques, c’est-à-dire impliquant des cellules du sang : Maladie de Hodgkin, lymphomes non hodgkiniens et diverses formes de leucémies.

Chaque femme qui venait pour demander une congélation on parle de cryopréservation, de tissus ovariens était examinée par ultrasons, scanner et/ou PET scan afin de vérifier l’absence de localisations cancéreuses sur les ovaires ou dans le petit bassin.

C’est ainsi que deux femmes ne purent congeler leurs ovaires.
Chez les 56 autres, les médecins ont prélevé de larges fragments de tissu ovarien qu’ils ont congelés en même temps qu’ils prélevaient séparément un fragment chez chaque patiente afin de pouvoir l’utiliser pour diverses analyses avant une éventuelle greffe.

Le but de ces analyses c’est de rechercher dans ces fragments une éventuelle maladie résiduelle minimale.

Chercher une aiguille dans une botte de foin serait plus juste car dans ces cancers des cellules sanguines, il s’agit d’aller débusquer quelques cellules cancéreuses au milieu de centaines de milliers d’autres on ne peut plus normales.

Les méthodes conventionnelles de laboratoire n’avaient rien permis de suspecter.

Vint le cas d’une jeune femme qui avait été traitée pour une leucémie myéloïde chronique et qui s’en était sortie et qui s’était mariée.

Après cinq ans de mariage les tentatives de grossesse s’étaient avérées infructueuses.
Elle demanda donc à l’équipe de Meirow la possibilité de subir une autogreffe de fragments ovariens.

Quand elle avait subi les prélèvements cinq ans plus tôt, les examens les plus poussés existant à l’époque n’avaient pas permis de retrouver de cellules cancéreuses dans les fragments de tissus qu’on lui avait prélevés aux fins de congélation.

Mais cinq ans plus tard, de nouveaux outils très performants ont vu le jour, capables d’aller débusquer l’aiguille dans la botte de foin.

Et pour cette jeune femme, les tests modernes révélèrent l’existence de quelques cellules cancéreuses au sein des tissus congelés des années plus tôt.

Lui greffer ces tissus c’était prendre le risque de voir sa leucémie repartir de plus belle. Informée de ce risque, elle a renoncé à la transplantation.

Attention, il ne faut pas voir dans cette histoire un échec des techniques de congélation, bien au contraire.

Même s’ils sont encore peu nombreux, les résultats des autogreffes d’ovaires sont encourageants. Il est donc fondamental que la recherche continue dans cette voie et que les femmes amenées à subir des chimiothérapies lourdes et susceptibles de compromettre leur fertilité sachent qu’on peut préserver des fragments d’ovaire.

Ces fragments peuvent rester sept à dix ans dans l’azote liquide, suffisamment longtemps pour que le cancer soit traité et guéri.

Mais il faut aussi, avant de greffer ces tissus, s’assurer qu’ils ne contiennent plus aucune cellule cancéreuse qui ne demande qu’à se reproduire à l’infini.

Or, la technique de mise en évidence de ces maladies résiduelles minimales est lourde, compliquée à mettre en œuvre et ne peut se faire que dans quelques laboratoires spécialisés à travers le monde.

Cela suppose une collaboration entre les centres au delà des frontières et des « ego », pour pouvoir offrir à ces femmes qui ont tant souffert la possibilité d’être mère en toute sécurité.

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Références de l’étude:

Dror Meirow et al.

Searching for evidence of disease and malignant cell contamination in ovarian tissue stored from hematologic cancer patients

Hum. Reprod., May 2008; 23: 1007 – 1013.

doi:10.1093/humrep/den055

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Greffe d’ovaires après cancer : chercher l’aiguille dans la botte de foin

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : La technique de conservation des fragments ovariens n’en est qu’à ses débuts. Il n’y a donc pas obligation de le faire et la recherche décrite dans le billet était trop récente pour être déjà généralisée. Mais plus les patientes mettront la pression sur les centres spécialisés et plus les choses avanceront ! Sachez cependant que les réimplantations ont été peu nombreuses jusqu’à présent et les grossesses menées à terme encore moins nombreuses. Mais n’hésitez pas à en parler avec votre hématologue. Les techniques ne cessent de progresser et j’espère que dans quelque temps, quand votre problème de lymphome sera réglé, on pourra vous proposer cette procédure. Bon courage et tous mes voeux de bonne santé !

  2. Gaelle LIGNEUL dit :

    j’ai eu un Lymphome B a grande cellules en aout 2006, j’ai eu un prélèvement ovarien, le chirgien m’a dit qu’il avait pu fragmenter en 15 le prélèvement qu’il avait effectué.
    J’ai peur que les tests pour savoir si mes ovaires etaient atteint n’aient pas ete fait. Est ce obligatoire legale? Et vont-ils en refaire le jour ou je demanderai l’implantation?
    Je vais voir mon hématologue en septembre je lui demanderai plus d’informations mais j’ai besoin d’etre rassurer.
    Je vous remerci d’avance
    Gaelle

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