Viande clonée: attendons avant d’en faire tout un plat.

La décision prise par la FDA, l’agence américaine de sécurité sanitaire, d’autoriser la commercialisation de viande et de lait issus de bovins caprins et porcins clonés n’a pas fini de remuer les foules. Tout cela dans un contexte peu prompt à examiner calmement la situation.

La semaine dernière, on m’a demandé de venir sur le plateau du JT de 20 heures de France 2 pour expliquer ce qui avait motivé la décision américaine.
Notons au passage qu’un avis de la Commission européenne allait dans le même sens.

J’ai donc expliqué que, d’un point de vue nutritionnel et toxicologique, toutes les études publiées à ce jour ont montré qu’il n’existait aucune différence significative à conditions d’élévage identique, entre animaux clonés et animaux obtenus classiquement pour ce qui concerne les protéines, les lipides, les minéraux et les vitamines.

D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le clonage n’entraine aucune manipulation génique. C’est tout le patrimoine génétique de l’animal choisi qui est introduit dans l’ovocyte de la mère porteuse et c’est donc un animal quasiment identique à celui qui a donné sa cellule qui sera obtenu.

Je dis « quasiment identique » car, lorsqu’on évide l’ovocyte de la mère porteuse, on enlève le noyau de cette cellule mais on conserve un élément microscopique, la mitochondrie. Cet organite est la centrale énergétique de la cellule. Sans elle, il ne se passerait rien.
On introduit ensuite le noyau provenant d’une cellule de l’animal qu’on veut cloner.

Ce qui signifie que l’embryon qui se développera aura touts les caractéristiques de l’animal dont on a pris la cellule sauf un petit bout d’ADN mitochondrial qui est toujours d’origine maternelle. Un clone n’est donc pas au sens strict une copie à 100 %.

Pour en revenir à cette explication dans le journal, brève comme tous les plateaux, elle m’a valu quelques remarques acerbes sur ce blog.

Je ne parlerai pas de ceux qui font l’amalgame avec l’amiante, le drame du sang contaminé etc. Je voudrais seulement dire à ceux qui y voient un problème identique à celui des OGM qu’au sens strict là encore de la science, ils se trompent, car il n’y a pas de modification génétique par essence dans le clonage.

Mais au-delà de ces problèmes, il n’y a quasiment aucune chance que vous soyez amenés un jour à manger des animaux clonés, tout bêtement pour des questions d’argent.

Cloner coûte cher, très cher même, plusieurs dizaines de milliers d’euros par animal obtenu. Et malgré les progrès à venir des techniques, les coûts resteront élevés.

On voit mal des éleveurs payer une fortune pour avoir un animal et le vendre en boucherie pour quelques milliers d’euros seulement.

L’intérêt du clonage sera de reproduire à l’identique des mâles et des femelles aux caractéristiques exceptionnelles. C’est ce qui se fait déjà naturellement par la sélection génétique par croisement.

L’intérêt du clonage sera de minimiser les risques naturels. Quand un animal se reproduit par la méthode classique, il passe seulement la moitié de son capital génétique à son descendant.

Avec le clonage on sera sûr que ce sont 100 % des caractéristiques qui seront ainsi transmises.
Ainsi un reproducteur hors pair pourra être « copié » des dizaines de fois.

On aura ainsi des taureaux dont la semence sera identique et qui pourront féconder classiquement des vaches.qui, au bout de neuf mois donneront naissance à des velles et à des veaux pas clonés eux !

On peut imaginer la même chose avec des laitières à haut rendement qui intéresseront les pays asiatiques où la demande de produits laitiers explose littéralement.

Ces animaux seront donc une forme ultime de sélection mais se reproduiront classiquement.

Il faudra sans doute encore plusieurs années pour que la question de la commercialisation se pose. D’ici là d’autres études viendront alimenter la discussion et des mesures d’information seront prises à n’en pas douter.
En dernier lieu ce sera le marché qui dictera sa loi.

Mais plutôt que de projeter peurs et fantasmes, plutôt que de faire de la mauvaise science et laisser tout le monde dire tout et n’import quoi, il est sûrement utile de se servir de ces années de latence pour expliquer ce qui va se passer et aider chacun d’entre nous à faire des choix éclairés plutôt que de céder aux cris, incantations et autres anathèmes.

Une démarche citoyenne passe par l’information, pas par la peur.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Viande clonée: attendons avant d’en faire tout un plat.

  1. JD Flaysakier dit :

    Sur son blog Jean Robin laisse entende que j’aurais pu être payé par les industriels du clonage. Comme chacun le sait, je suis deja sûrement vendu à l’industrie pharmaceutique et à tout ce qui touche mes champs d’activité. Pour l’agroalimentaire, isurtout ne faites rien, ne m’achetez surtout pas, j’ai deja trente kilos de trop! Toute plaisanterie mise à part, je trouve pitoyable que le seul argument qu’on ait à opposer à une intervention soit la suspicion de corruption.

  2. Jean Robin dit :

    Cher Dr Flaysakier,

    Vous faites notamment référence à un article publié sur mon blog, auquel je renvoie vos lecteurs.

    Loin de vous diaboliser, je vous rend grâce d’avoir mis au jour la tentative de manipulation sur les saumons d’élevage, vous n’étiez pas tombé dans le panneau contrairement à vos confrères de TF1, et c’est tout à votre honneur. (pour ceux que ça intéresse : http://www.tsr.ch/tsr/index.html...

    Mais là il me semble que vous avez été carrément léger, pour ne pas dire orienté. C’est une question d’autorité : vous êtes docteur, et en tant que docteur vous avez tout à fait le droit d’en rester à des considérations scientifiques. Mais l’aspect moral ne doit pas être supprimé, sinon ça devient de la propagande. Ce serait la même chose si, à la place de vous, il n’y avait eu qu’une association défendant la thèse adverse.

    Le problème c’est qu’il n’y a qu’une thèse, alors qu’il y a débat. C’est tout ce que j’ai dit, je n’ai pas parlé de complot, tout de suite les grands mots…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.