Médicaments psychotropes : une surconsommation aux causes complexes.

Dans le jargon journalistique on appelle cela un marronnier : la France consomme trop de psychotropes, médicaments tranquillisants et antidépresseurs. Une situation dont les causes sont complexes et qui mettent en relief le rôle multiple du médecin dans la société.

C’est à l’occasion de sa manifestation annuelle, appelée la Pilule d’Or que la revue « Prescrire » a choisi aujourd’hui de tirer à nouveau le signal d’alarme sur cette exception française (www.prescrire.org)

La consommation d’antidépresseurs est en effet énorme dans notre pays, totalement disproportionnée même par rapport à la fréquence de la dépression. Et comme nous ne sommes pas à un paradoxe près, la dépression est largement sous diagnostiquée en France. En résumé trop de médicaments et pas aux bonnes personnes !

Pour les anxiolytiques, ce qu’on appelle les tranquillisants, la prescription est également pléthorique et des produits comme le Lexomil® sont carrément de venus des noms communs.

Tellement commun qu’on assiste parfois à des scènes étonnantes avec ce produit. Le comprimé a la forme d’un bâtonnet sécable en quatre morceaux. J’ai vu un soir une mère de famille rompre le comprimé comme on rompait le pain, se garder la moitié du comprimé et en donner un quart à sa fille et le dernier quart à sa mère !

Plus sérieusement, on peut évidemment déplorer cette situation de mauvais usage de médicaments. Mais quand on essaie d’en comprendre les raisons, on voit que l’explication n’est pas évidente.

La prescription est faire dans plus de 90 % des cas par des médecins généralistes. Ces médecins de famille doivent gérer des demandes nombreuses et multiples de personnes présentant des symptômes pas toujours faciles à identifier.

La dépression avance en effet souvent masquée et peut prendre l’aspect d’une perte de sommeil ou d’une modification du poids. Souvent il faut que le médecin entende ce que le malade ne lui dit pas. La consultation peut être demandée pour une raison alors que le trouble est ailleurs.

Dans le cadre d’une consultation souvent limitée dans le temps, il se peut alors que la dépression ne saute pas aux yeux du médecin, qui retiendra plutôt l’aspect anxieux ou l’insomnie par exemple et prescrira alors des hypnotiques ou des anxiolytiques.

Mais, parfois, la prescription de ces médicaments vient un peu comme un cautère sur une jambe de bois, pallier un problème social et non pas médical.

Il y a des cas où une personne est à bout, excédée par des conditions de travail pénibles, un harcèlement moral et qui ne peut ou ne veut prendre le risque de s’arrêter. Il y a ceux qui vivent dans des immeubles mal insonorisés avec des voisins qui oublient les règles élémentaires de politesse. Alors plutôt que d’aller affronter ces gens en permanence, ils vont avaler la petite pilule qui abrutit pour tenter de dormir au moins quelques heures.

Le médecin devient un « pompier social » qui grâce à son ordonnance va permettre à son patient de supporter encore un peu une vie difficile.

Jeter la pierre aux médecins ou aux patients est alors un peu facile.
Il est vrai que c’est une réponse de facilité, indolore puisque financièrement c’est la collectivité qui assumera le coût de la prescription.

Mais il est assez difficile de faire changer d’attitude les petits chefs qui vous cachant la vie et d’apprendre les règles élémentaires de courtoisie et de respect des autres à certaines personnes.

Alors nous n’avons sans doute pas fini de déplorer notre titre de champions du monde des psychotropes.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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