Cancer et études scientifiques :parler de lien de cause à effet est souvent un abus de langage

On lit souvent, trop souvent même, qu’une étude aurait montré un lien de cause à effet entre telle substance ou telle exposition à un phénomène et la survenue d’une pathologie, un cancer par exemple.

Pourtant, l’épidémioloie, la science qui régit de telles études ne parle quasiment jamais de lien de cause à effet mais d’association. Et il ne s’agit pas que d’une simple nuance ou d’une question de traduction.

Si vous le voulez bien, reprenons l’exemple du billet précédent qui traitait d’une étude montrant que la consommation importante de viande rouge et de produits carnés augmentait le risque de survenue de cancer du colon et du rectum.
S’il y avait un lien de cause à effet, chaque gros mangeur de viande serait concerné. Or, le risque est majoré de 20 % pour ls gros mangeurs par rapport à ceux qui consomment peu de viande.
Car, hélas, ne pas consommer de viande ne met pas à l’abri pour autant de la survenue d’un tel cancer.

C’est pour cela qu’on par le d’une « association » et non pas d’un lien causal. Car on s’aperçoit que les gros consommateurs de viande rouge vont aussi avoir tendance à manger beaucoup de féculents, de céréales raffinées, d’avoir une prise énergétique en calories très importante favorisant le surpoids. Autant de facteurs qui jouent aussi un rôle dans la survenue d’un cancer.
La viande rouhe n’est donc qu’un élément de plus, mais pas un élément suffisant.

dans cette même étude, on retrouve un risque majoré de cancer du poumon. mais , comme chacun sait, la cigarette est un facteur prépondérant dans la survenue d’un cancer pulmonaire et on ne peut négliger ce facteur.

Autre exemple : une étude israélienne publiée le 6 décembre dans l’American Journal of Epidemiology a concerné l’usage du téléphone portable et la survenue de tumeurs de la glande parotide, une glande située près de l’oreille, d’où son nom ( para et otis). dans une petite partie de la population étudiée et dans dans circonstances particulières, on voit apparaître un risque plus élevé de
tumeurs parotidiennes.
doi:10.1093/aje/kwm325

Mais là encore, on ne peut pas parler de lien de cause à effet, car dans ces tumeurs, il y a des tumeurs bénignes et de rares tumeurs malignes et le risque est très faible.

Si l’étude avit montré que tous les utilisateurs de ce groupe développaient le même type de tumeur, là on aurait pu évoquer la causalité.

C’est ce qui s’est passé il y a plus de trente ans dans une usine de manufacture de pneus. des ouvriers exposés à une substance, le monochlorure de vinyl (MVC) avaient développé une tumeur rarissime du foie un cancer appelé hépatoangiosarcone. Ces quatre cas de cancer orientaient quasiment obligatoirement vers une cause unique tant ce type de tumeur est rare . la survenue de ces 4 cancers dans le même cadre industriel permettait de parler de lien de cause à effet.

Cette facilité ou cette volonté qu’on met à parler de lien causal au lieu d’association a des effets pervers.
D’abord cela participe du « marketing de la peur », cette tendance qu’ont certaines personnes à se faire les annonciateurs de l’Apocalypse. En jouant ainsi sur les peurs, ces héros du malheur se créent une notoriété souvent usurpée et freinent tout débat ultérieur et toute possibilité d’enrichir la connaissance .

Ensuite, cela peut « rafraichir » des ardeurs de recherche et de développement de produits ou techniques nouvelles.
Ainsi, l’industrie du vaccin est-elle encore aujourd’hui très en retard car les grands groupes ne veulent plus beaucoup investir dans un domaine où les procès se multiplient.

Une sorte de lien de cause à effet, cette fois !

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer et études scientifiques :parler de lien de cause à effet est souvent un abus de langage

  1. Jean-Yves Morel dit :

    J’attire votre attention sur un article du New-York Times du 16 décembre.
    Une bactérie issue des élevages industriels de porcs fait des ravages aux Etats Unis.
    Elle fait plus de morts que le sida.

    L’article met en cause également les élevages européens.

    Je vous rappele que les élevages de porcs consomment 70% des antibiotiques vétérinaires.

    sur 1364 tonnes d’antibiotiques vétérinaire (prescrire juin 2007)le calcul est facile pour connaitre la quantité utilisée en Bretagne sachant qu’on y conscentre plus de 50% de la production.
    Il faut y ajouter veaux, vaches couvées.
    Consommer de la viande industrielle est dangeureux à consommer mais aussi à produire.

    Une maternité de porcherie est plus protègée qu’un hôpital.
    Triple filtration d’air flux laminaire.

    Je peux mais vous affirmer que le service d’hémathologie du CHU Rennes lui jusquà présent ne dispose que d’une seule filtration.

    Un circonvirus le PCV2 ou MAP touche gravement les élevages de porcs on peut dire que nous avons à faire au sida du porc.
    Les porcs étant immuno-déprimés c’est une porte d’entrée pour la mutation du H5N1.

    Me contactez pour plus d’info.

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