Forts en maths pour être médecins : peut-être un mauvais calcul.

Nos écoliers sont mauvais élèves en science. Nous sommes même à la traine en Europe si on en croit l’OCDE, l’organisation de coopération et de développement économiques.

L’étude PISA 2006, qui est un programme international d’évaluation des élèves a été menée dans 57 pays et auprès de 400000 jeunes de 15 ans. Nous y occupons une peu glorieuse 32ème place .

L’évaluation peut être consultée sur le lien suivant:

http://www.oecd.org/dataoecd/30/17/39703267.pdf

Le moins qu’on puisse dire c’est que notre pays n’en ressort pas la tête haute ! Il se confirme que pour les mathématiques et les sciences, nous frisons le bonnet d’âne, même si cet attribut n’est plus porté aujourd’hui.

Cette enquête est d’ailleurs pleine de paradoxes, car les jeunes à travers le monde disent dans leur majorité (72%) que leur principale inquiétude vient de la dégradation de l’environnement. Mais à peine un sur cinq (21%) envisage de faire une carrière scientifique !

Alors qu’on nous rebat les oreilles à tous bouts de champ avec le « principe de précaution «, souvent employé en lieu et place de « mesures de précaution », on se demande où on pourra trouver les futurs experts capables de concevoir et de mener les études nécessaires à prouver l’innocuité ou, au contraire, la nocivité de certaines substances.

Cette inappétence pour les sciences est assez dramatique car elle permet à de faux spécialistes, à des gourous et autres manipulateurs d’opinion et de faits de convaincre aisément des populations incapables de discerner le vrai du faux.

Il ne s’agit pas de faire de chaque citoyen un prix Nobel de physique, ni un génie des maths, mais il faut au moins donner au plus grand nombre des éléments pour les aider à comprendre certains mécanismes, a accepter de raisonner dans le doute et à partir d’hypothèses plutôt que de vivre de certitudes. Le monde qui nous entoure n’est pas parfait, surtout au plan biologique et il n’y a pas de vérité éternelle ni de dogme.

Notre faon d’enseigner les disciplines scientifiques n’aide pas non plus à développer la réflexion. Actuellement, on a « bon ou faux » à un problème. On réussit ou on rate. Mais on ne s’occupe pas beaucoup du chemin qui a mené au résultat, on n’analyse pas le raisonnement employé pour comprendre où a pu se situer l’erreur.

Si je parle de cette situation, c’est qu’elle a une conséquence indirecte sur notre santé.
Il faut en effet savoir que l’accès aux études de médecine se fait après une sélection sévère, baptisée « numérus clausus ».
On décide de combien on aura besoin de médecins à un horizon de 20 ans et on admet donc, après concours, un certain nombre d’étudiants en fin de première année.
Le taux d’admissions représente à peine 10 % des inscrits.
Depuis des années, ce système favorise de façon outrancière les bacheliers ayant eu le bac série S avec mention. Malheur donc aux littéraires et aux réfractaires aux équations avec calcul d’intégrales et autres exclus de l’espace non-euclidien. Autant de notions et de connaissances apparemment fondamentales pour approcher et comprendre le mal-vivre de son prochain !

Le phénomène nouveau de cette sélection c’est qu’on voit de plus en plus de jeunes forts en maths qui, arrivée la période de l’entrée à l’hôpital, craquent ! Formés à un mode de raisonnement précis, où le doute n’existe pas, ils découvrent des gens malades, donc pas dans la norme, qui ne se résument pas à un chiffre de cholestérol ni à la quantité d’urines des 24 heures. Et on voit ainsi des « grosses têtes » désemparées, vouloir se tourner vers un exercice de la médecine sans avoir de contact direct avec les malades.
Pendant ce temps, des étudiants ayant eu une formation plus littéraire ou attirés par les sciences humaines se sont vu refuser l’entrée en faculté de médecine car pas assez bons en maths.

On va donc en arriver à former des médecins de plus en plus savants et de moins en moins humains.
Aux Etats-Unis, les études médicales ne durent pas sept ou huit ans, comme ici, mais quatre ans. Il n’y a pas de concours, mais une admission sur dossier après trois années de « college », l’équivalent de nos années de licence.
Et avoir fait dans son cursus de la psychologie et suivi un cours de sociologie ne vous pénalise pas, au contraire.

Au temps jadis, les mathématiciens étaient aussi philosophes. Aujourd’hui on est spécialiste dans son domaine et rares sont ceux qui se penchent à la fenêtre pour savoir ce que l’autre fait.

Je crois qu’il faut redonner à l’enseignement des sciences toute sa place dans la société. C’est un enjeu démocratique comme je l’ai dit plus haut afin d’éviter de laisser le champ libre aux professionnels de la peur.

Mais il faut éviter le « tout scientifique » faire entrer le monde des sciences humaines dans les facultés de médecine et de sciences, rappeler combien douter est important et que la certitude tue le raisonnement.

Comme le disait si bien ce médecin originaire de Chinon, François Rabelais « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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17 réponses à Forts en maths pour être médecins : peut-être un mauvais calcul.

  1. Melihsah dit :

    Vous avez raison. Je veux devenir un médecin mais je vois que c’est vraiment dur. Ça fait 1 an que je suis dans la france et l’année prochaine y a brevets etc. Faut que je choisi une bonne métier depuis quelques mois je réfléchis et enfin j’ai décidé d’être un médecin depuis 2 3 jours je regarde à des blogs, forums etc. Et maintenant j’ai un peu peur un peu panique en plus pour quelqu’un qui vient d’un autre pays c’est tellement dur maintenant je me suis dit « est ce que je peux devenir un médecin? 9 ans études et mathématiques c’est dur… etc. » Et enfin j’ai compris Pour être un médecin, faut travaillé comme des fou.

  2. Frédéric dit :

    Quelle invention extraordinaire que les concours à la française. L?assurance pour chacun d? être soigné par un médecin compétent, de pouvoir rencontrer un dentiste ou un kiné efficace. C?est cette compétence rare, fine et subtile, qui est l?assurance d?une médecine pour tous. Toute notre vie, dans le pays où je vis, nous ne rencontrons que des gens insuffisamment formés, et insuffisamment compétents. La raison vient d?un faible goût pour le savoir. Combien de fois ne faut-il retourner chez son médecin, ou chez un spécialiste, pour obtenir la moindre réponse, et soulagement : la quête éperdue du « bon » médecin. Cinq, dix médecins pour certaines pathologies. Personnellement, j?ai renoncé à faire le tour des médecins, je souffre en silence, je m?accommode et me soulage par mes propres moyens. Ah si !, j?ai par hasard découvert un dentiste français expatrié. En une visite, tout était réglé. Quelle précision , quel souci du travail bien fait. Du jamais vu ! Certainement que tous ne travaillent pas ainsi, mais jamais, en plus de trente ans, je n?avais vu pareille chose. Dans le pays où je vis, mêmes les spécialistes qui vous reçoivent, vous dédaignent avec mépris, vous annonce la pire des maladies, brutalement, sans ménagement, le petit sourire supérieur en coin. Moins ils en savent, plus ils sont arrogants. Enfin, si vous avez les moyens de payer une centaine d’euros supplémentaires ! Sinon, vous êtes reçus par un assistant. C?est là, la généralité. Si le mot « éthique » existe bel et bien, l?idée, elle, est clandestine dans le pays où je vis, y compris dans la pratique médicale. J?ai vu récemment un reportage sur France 2 où l?on voyait les « échoués » du système français aller se former Roumanie, ou ailleurs. C?est moralement inacceptable. Encore, pour des études commerciales, cela ne nuit à personne, mais s?agissant de la santé ? Le système français est bien fait : pour exercer en France, il faut réussir un concours exigeant. C’est un luxe, docteur Flaysakier, que de pouvoir crtiquer une excellence unique au monde.

  3. plehon dit :

    Je pense qu’il insister sur le fait que les titulaires de bac S ne sont pas tous des scientifiques. Les meilleurs élèves (en général, heureusement il y a des exceptions) présentent. Le taux de réussite des titulaires de bac S au concours d’entrée n’est pas à attribuer à leur prédispositions scientifiques mais plus au fait qu’ils étaient bon élèves.
    Du point de vue disciplinaire, je pense qu’il y a une confusion,
    les mathématiques et la physique ne sont pas basé que sur l’étude des phénomènes déterministes : la place de l’aléatoire tient une large
    dans ces disciplines : les probabilités, les statistiques.
    Le problème n’est donc pas là.

    Par contre, au vu des médecins que moi et mes proches ont été amenés à consulter,
    je constate plutôt le contraire : c’est-à-dire que les médecins de manière générale ont un manque flagrant de culture scientifique.

    Les médecins devraient être recrutés avec un niveau bac+2
    comme le sont tous les autres corps de métiers qui ont vocation scientifique : vétérinaires, agronomes, physiciens, biologistes.

    Le comble en France c’est que les vétérinaires qui doivent soigner
    les animaux ont une formation scientifique solide (avec des enseignements en probabilité) et que les médecins qui doivent soigner les hommes n’en ont pas. Pourquoi cela, devinez, …

  4. Anonyme dit :

    En fait si je comprends bien ceux qui sont passés sont contents et les autres frustrés.
    J’ai fait PCEM 1, c’est une année inutile car on y apprend pas la médecine.
    Juste le temps de me rendre compte qu’il aurait fallu s’inscrire dans une prépa, les cours enseignés étaient incompréhensibles et trop rapides.

    En fait les professeurs étaient mauvais car un professeur doit s’inquiéter de la réussite des élèves.

    Un professeur avec 90 % d’echec doit changer de metier, il ne fait cela que pour l’argent et n’a aucun interêt pour les élèves.

    Ensuite bien entendu j’ai vu des personnes très compétentes passer et avec de grandes qualitées humaines. Mais il faut se rendre compte que la vraie selection se fait lors du concours de l’internat, là c’est un vrai, basé sur de vraies notions médicales.

    La vérité c’est qu’en france on devrait produire plus de médecins que le pays ne peut en supporter, avec nos compétences exportées dans tous les pays du monde. Au lieu de devoir faire appel à des medecins étrangers hors CEE sous payés et exploités dans les centres hospitaliers.

    Maintenant je suis en prof paramédicale, je m’y plait bien même si je sais que j’aurais put être un bon médecin.

  5. jeune med generaliste dit :

    Comment faire une sélection de gamins de 18 ans évaluant le potentiel pour leur future pratique?comment sélectionner des gens qui doivent être rigoureux,humain,équilibré,empathique ect…ils ne peuvent qu’équilibrer le concours PCEM1 avec de la culture generale,des sciences humaines et un peu de rigueur mathématique (il en faut malgres tout)…et surtout du courage et une volonté de fer,car c’est la principal atout pour être médecin que ce soit spécialiste ou généraliste!

    Ensuite je ne suis pas l’homme à 29 ans que j’étais à 18 ans…comment évaluer des gamins de leur future pratique dans 10 ans?..C’est aussi la vie,les rencontres,les experiences qui nous façonnent et nous apprennent notre vision du monde…et je n’ai pas le sentiment dans ma promo qu’il y ait eu bcps d’echecs professionnels.Il y a même des personnalités tres différentes,tres scientifiques ou tres peu…comme parmis les médecins généralistes que je remplace…et détrompez vous mais certains patients peuvent adorer (à ma grande surprise) la froideur de leur médecin de famille et le recherche! alors que d’autre chercherons la chaleur d’un médecin enthousiaste… à chaque medecin de famille correspond un profil de patient…c’est l’alchimie de la relation médecin/malade…

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JEUNE MED GENERALISTE :

    Je n’arriverai jamais à me satisfaire d’un système dans lequel on élimine 90 % des candidats sur une sélection sans aucun rapport avec le mode d’exercice qu’ils auront à pratiquer.

  7. jeune med generaliste dit :

    Je vous trouve dur, même si le souvenir de la PCEM1 est cruel.

    J’ai été doublant,j’aurai pu l’avoir primant mais des évènements exterieurs dans ma vie privée m’ont diminué.

    La forte réussite des étudiants issu de la filière S, s’explique parceque c’est la « voie royale », ayant plus de capacités humaines ou sociales, j’ai fini en Terminale S et j’ai eu 2 notes sous la moyenne pour mon Bac 8 en math et 8 en physique…quel crance sauf que j’ai eu 16 en bio, 12 en philo, 14 en anglias…ect ect ect…et que je suis même arrivé à avoir ma petite mention « assez bien » tranquillement sans avoir eu a passer par la case, cours de soutien…

    Cette aversion que vous avez pour les terminales scientifiques cache un plus gros problème: y a t-il une autre voie que cette filière sicnetifique? l’éducation nationale donne t’elle les moyens au filière sociales et littairaires? l’émulation de bons élèves ( sélectionné par la « voie royale » scientifique) n’est pas une mauvais chose en soit.

    Et je défendrai la nouvelle orientation (j’ai passé ma PCEM1 en 1995), qu’effectivement les matières scientifiques (chimie,physique…) ont un tres faible coefficient, au contraire de la culture générale humaine (20%)…et heureusement pour mon cas personnel, car j’estime de pas être un matheux.

    Je suis par contre consterné du numerus clausus extrèmement strict à mon époque qui a écarté des copains aux valeurs humaines et sociales comme moi pour quelque malheureux points.Mais cela était une volonté politique.

    La PCEM1 ne sera jamais parfaite,il faut trouver un équilibre entre une rigureur scientifique et un esprit social,humain.Elle y parviens pas si mal pour mon experience récente.Avoir l’esprit un poil plus critique serait pas mal…mais comment évaluer l’esprit critique????

    Je suis aussi contre la selection sur dossier.Il faut par contre aider les étudiants plus défavorisés au niveau famillial.Mais par des bourses, par un cursus scolaire antérieur,plus fort, avec une vraie éducation nationale stimulante,dynamisante,avec des moyens,pas que pour la filiére scientifique.Le fait que les étudiants sicentifiques reussissent en PCEM1 ne veux pas dire que le programme PCEM1 est fait pour les matheux,mais que le cursus sicentifique est une ecole « d’excellence » et que les étudiants les plus doués et/ou travailleurs si retrouvent.Qu’ils soient scientifique ou littéraire de nature.

    Le test psychologique pour éliminer les étudiants fragile pyschologiquement me semble dangeureux,par l’eugénisme qui pourrait en découler.Je préfère la sélection naturelle, que par la main de l’homme (être pouvant être faible et misérable).Tenir le coups pendant la PCEM1 est déjà un test fort (il faut être stable et fort, psychiquement et emotionnellement)…ensuite mes rares copains de promo peu enclin aux contacts humains se sont retrouvés irrémediablement en situation d’echec.C’est de l’ordre de 1 à 2 % de promos.Ils sont souvent courageux pour trouver une autre voie,mais en général on ne sait pas ce qu’ils deviennent.

  8. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A THIBAUT :

    Votre histoire est édifiante et significative du systême français dans ce qu’il a de pire.

    Mais je crois aussi que vous n’avez pas eu la chance de faire les bonnes rencontres car plusieurs de mes camarades de promotion ont pu entamer des carrières de recherche sans pour autant être internes et l’un d’eux est même PU-PH actuellement.

    La possibilité des « cross registrations », ces inscriptions croisées très en vogue aux Etas-Unis et qui sont même un élément favorable à l’étudiant , est quasiment inconnue ici.

    En fait, il aurait sans doute été plus judicieux de commencer par une carrière en sciences et vous inscrire secondairement en médecine.

    C’est ce qui s’est passé pour plusieurs des médecins du département où vous avez  été admis à Tours.

    Avez-vous essayé de prospecter outre-Atlantique ? les américains sont toujours à la recherche de post-docs avec un savoir-faire et qui aiment faire de la paillasse.

    je suis certain que vous pourriez trouver un poste là-bas plutôt que de faire une médecine à contre coeur.

  9. Thibaut dit :

    Il est indéniable que le système actuel des études médicales favorise très peu les qualités d’écoute, d’empathie, et j’ajouterai qu’au-delà du simple retranchement derrière la technologie, la dureté du milieu médical hospitalier, la compétition, le carriérisme, les abus de pouvoir, et les frustrations répercutées de manière verticale contribuent encore moins à l’épanouissement des qualités humaines des futurs médecins !

    Mais je voudrais surtout réagir en précisant que si le système actuel n’encourage pas le développement des qualités humaines il méprise tout autant les scientifiques sincères, ceux qui, par passion pour la connaissance, mais aussi par désir d’améliorer des thérapeutiques encore décevantes, souhaitent, à l’issue de leur médecine, s’engager dans une carrière de chercheur.

    Voici le récit de ma descente aux enfers.

    J’obtiens un baccalauréat S en 1995, avec mention « très bien ». J’aime les sciences exactes, la biologie, mais les langues, la littérature et les sciences humaines me plaisent tout autant. C’est alors pour moi une évidence, il faut « faire médecine », pour approcher les sciences, dures et plus « molles », et en même temps l’humain. Le mythe du savoir total, comme au temps de Maïmonide !
    Mes professeurs sont unanimes: « Tu as eu 20/20 en maths, c’est dommage de ne pas faire prépa ! »
    Ils me prédisent également une réussite très facile au concours de première année. Et pourtant je redouble ma première année.

    Entre 1998 et 2000, soit entre la deuxième et la quatrième année d’études, je valide, parallèlement à la médecine, des modules de licence et de maîtrise de biochimie, ainsi que six certificats de MSBM (diplôme de préparation à la recherche proposé aux étudiants en médecine – trois seulement sont nécessaires).

    En 2000 je me présente au concours Europe de l’Ecole Normale Supérieure, en mettant ce cursus parallèle en avant. Mon dossier est rejeté au prétexte qu’en dépit d’un niveau scientifique correct, je suis trop avancé dans mes études médicales pour profiter d’une scolarité de normalien.
    J’aurais sûrement échoué aux épreuves écrites. Mais on ne m’a même pas laissé faire mes preuves, malgré un bon dossier.

    Durant la cinquième et la sixième années d’études, je demande conseil à divers médecins-chercheurs de ma faculté. Ils sont unanimes: il faut passer et réussir le concours de l’internat et devenir spécialiste. En devenant généraliste, pas moyen de revenir à la recherche.
    Il faudrait donc que je puisse décrocher une spécialité à forte teneur scientifique de type biologie médicale, médecine nucléaire, anatomo-pathologie, ou encore santé publique.
    Hélas, bien que très bon en sciences, je suis un étudiant de qualité très moyenne en médecine. Or l’internat ne sélectionne pas selon les connaissances scientifiques mais seulement selon des aptitudes cliniques, avec bien-sûr des modalités aussi irréalistes et aberrantes que le concours de première année. Et j’échoue au concours de l’internat en 2002.

    Estimant qu’il ne sert à rien de me réinscrire à ce concours que l’on a le droit de présenter que deux fois dans la vie, je décide d’effectuer un DEA, dans le but éventuel de partir me spécialiser dans un pays où le recrutement pour une spécialité s’effectue sur dossier.
    Je me présente à cinq DEA différents. Ma candidature est refusée à quatre d’entre eux au motif que je ne suis pas interne de spécialité. Je suis en revanche admis à un DEA de pharmacologie appliquée à la médecine nucléaire, à Tours, grâce à l’appui d’un professeur compatissant de ma faculté d’origine. Hélas je n’obtiens pas la bourse sur mérite, car le responsable décide de favoriser un candidat local moins méritant en dépit des règles claires. J’obtiens le DEA avec mention « bien » (et, pour la petite histoire, le « pistonné » n’obtient que la mention « assez bien »). Il est peut-être mesquin de mentionner ce détail, mais c’est ainsi que les choses se sont passées !

    Durant mon DEA je commence à prospecter en Belgique, Grande-Bretagne et Suisse pour faire de la médecine nucléaire, et je découvre qu’il n’y a pas moyen de quitter la France car les six années de médecine françaises ne sont pas reconnues dans la directive européenne de reconnaissance des diplômes. Je sais à présent qu’il s’agit d’une volonté du ministère de la santé d’empêcher les recalés au concours de partir se spécialiser à l’étranger.

    Je débute donc le résidanat de médecine générale. Mes stages se passent très bien, mais ne me donnent aucunement envie de devenir généraliste et de renoncer à ma passion pour la recherche.
    En 2004, une réforme de l’internat a lieu, et s’avère beaucoup plus favorable, puisqu’elle me permettrait d’accéder à une spécialité (en l’occurence la santé publique même avec un piètre classement). Hélas le ministère de l’éducation nationale me refuse l’inscription aux épreuves au motif que j’ai interrompu mes études un an pour le DEA. C’est un comble: on m’empêche d’accéder à une spécialité qui me permettrait d’accéder à la recherche à cause d’un DEA.
    J’attaque la décision au tribunal adminsitratif et je perds mon procès.

    J’apprends alors qu’il est possible d’obtenir le diplôme de docteur en médecine avant la fin du cursus de médecine générale qui dure en principe trois ans. Le diplôme de docteur est en effet mentionné dans la directive européenne, et me permettrait de quitter plus vite ce système français qui m’a trahi. Je rédige alors une thèse bibliographique portant sur l’intérêt de l’imagerie (médecine nucléaire) dans la développement clinique de la thérapie génique et cellulaire. Le jour de la soutenance, les membres de mon jury m’affirment que mon travail est passionnant et l’un d’entre eux me propose même de le publier dans une petite revue francophone. Sympathique. Sauf que lorsque je le recontacte un mois plus tard, il me dit qu’il est strictement impossible qu’il me finance pour une thèse de sciences et que de toute façon, en étant généraliste, j’aurai plus de peine à intégrer l’hôpital universitaire, la faculté ou l’INSERM qu’en n’étant non médecin.

    Le ministère de l’éducation nationale met toute la mauvaise volonté possible à me délivrer mon diplôme et me demande, alors que les décrets ne l’exigent pas, de terminer mon résidanat. Je dois les harceler pendant six mois avant qu’ils cèdent (NB: ce sont les mêmes qui m’ont empêché de me réinscrire à l’internat).
    J’apprends alors que la Belgique vient de mettre en place une limitation drastique de l’accès aux spécialités et que je n’ai presque aucune chance. Je me tourne alors vers la Suisse. Pas de poste vacant en médecine nucléaire. Ce n’est pas grave, il y en a en anatomie pathologique, la spécialité est intéressante et ouvre d’intéressantes perspectives en recherche. Je passe donc un an dans un petit hôpital où tout se passe bien. Malheureusement la formation en Suisse a aussi beaucoup d’inconvénients, et il est possible d’y rester interne toute une vie: j’apprends à mes dépens que l’accès au stage obligatoire en hôpital universitaire est très difficile et qu’aucun poste ne sera libre à Genève ou Lausanne avant plusieurs années (le patron de Genève m’avait tenu une promesse orale mensongère avant de lui-même quitter Genève pour les Etats-Unis). Je comprends que le problème se posera pour toute autre formation en Suisse, et en Grande-Bretagne aussi, car les systèmes sont similaires. Je rentre en France.

    Vais-je finir le résidanat, ou laisser tomber et me lancer dans une thèse de sciences ? Je me renseigne pour une thèse. Aucun financement possible. Que ce soit pour une bourse publique ou privée, il faut avoir moins de 25 ans (et j’en ai alors 28) ou être spécialiste. Quelques équipes sont intéressées par ma candidature mais finissent par m’en dissuader en raison des difficultés de financement.
    Faire une thèse à l’étranger ? Impossible, mon DEA est trop ancien, il faudrait en refaire un, et là pas moyen d’être financé. Autrement, il faudrait disposer de recommandations ou de références de publications, et je n’ai rien à mettre en avant, puisque mon cursus ne m’a pas permis de participer à des projets de recherche.
    Maintenant je termine mon résidanat. J’ai sympathisé de longue date avec mon directeur de thèse, qui est responsable du service de médecine nucléaire. Il se plaint que l’une de mes collègues de promotion, qui a réussi l’internat puis est devenue cheffe de clinique chez lui, ne s’intéresse pas à la recherche et ne lise aucune publication. Il regrette que je ne sois pas à sa place. Il pourrait me financer pour une thèse, mais il me conseille de laisser tomber mon idée: aucun avenir après la thèse avec un diplôme de généraliste.

    Nous sommes en 2009, et je termine mon dernier stage en avril. Je n’ai plus envie de me battre. Le travail est devenu pour moi très secondaire, j’ai investi d’autres activités qui m’intéressent. La médecine générale ne m’intéresse pas, et de toute façon je veux travailler le moins possible pour m’épanouir hors du travail. Surtout après tout ce que j’ai fait en pure perte ! Je me suis inscrit au concours de médecin scolaire. D’ailleurs, après mon stage en pédiatrie, je me suis aperçu que j’aimais le travail avec les enfants. Et j’ai une telle nostalgie du lycée et du collège !!!
    Si l’on ne veut pas de moi en médecine scolaire, j’ai la possibilité de me reconvertir en médecine du travail, même si je trouve cette discipline assez inutile et pernicieuse dans sa forme actuelle. Mais il est hors de question que je travaille plus de 35 heures par semaine. Evidemment, si l’on m’avait laissé faire ce que je voulais, je n’aurais pas été aussi avare de mon temps.

    Tout était fait pour me forcer à devenir généraliste. Aurais-je fait un bon chercheur ? Une chose est sûre, on ne m’a pas laissé faire mes preuves. On m’a empêché de passer l’écrit du concours d’entrée à l’ENS, de me présenter à une version rénovée et plus avantageuse du concours de l’internat. On m’a refusé toute bourse pour une thèse de sciences.
    Et je n’ai pas le droit de me plaindre. Pour la plupart des médecins, si je veux devenir chercheur, c’est pour me planquer, pour ne pas faire de gardes, ne pas voir de malades. Les scientifiques quant à eux se méfient de moi: soit ils me prennent pour un des innombrables médecins qui ne viennent pas par intérêt pour la recherche, mais pour étoffer leur CV dans le cadre d’une carrière en CHU, soit ils ont eux-mêmes raté la première année de médecine et ne font preuve d’aucune pitié. Et pour les autres, pourquoi un médecin se plaint-il alors qu’il peut gagner, croient-ils dans leurs fantasmes, beaucoup d’argent très facilement ?

    Pour conclure, on vient de créer l’?école de l’INSERM?, pour permettre à des étudiants en médecine (mais uniquement dès la deuxième année) de suivre exactement le cursus parallèle que j’ai suivi, jusqu’au DEA. Il paraît que l’INSERM manque de médecins-chercheurs et cherche ainsi à attirer les étudiants en médecine.
    Alors si cela est vrai, POURQUOI m’a-t-on traité de cette façon ?

  10. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Je me permets de vous conseiller de visiter ce blog. J’y parle à plusieurs reprises du rôle important du personnel infirmier dans le cadre du transfert de compétences. Un article est aussi consacré à la prise en charge de l’insuffisance cardiaque par exemple et les bons résultats quand c’est une infirmière qui intervient par rapport aux soins médicauw classiques.

     

  11. Anonyme dit :

    C’est bien beau de s’interesser aux etudiants en médecine, mais, et les etudiants en soins infirmiers?? Personne n’en parle et pourtant il y aurait beaucoup à dire! Je suis etudiante en soins infirmiers en 2eme année et je peux vous dire que les conditions de formation à l’ap-hp sont inadmissibles! Jusqu’à encore il y a quelques jours on avait meme pas le chauffage dans la salle…
    Mais nous c’est pas compliqué tout le monde s’en moque du moment qu’on est la pour soigner les gens, d’ailleurs ils n’ont rien trouver de mieux que de diminuer le bugdet de formation comme si ce n’etait pas deja assez difficile! Parce que oui meme si on est sous payer, à peine diplomés, c’est quand meme une formation difficile durant laquelle il est difficile de vivre. ON est en formation soit-disant retribuée mais on a le droit à 30 euros par semaine de stage! Comment voulez-vous qu’on mange, qu’on paye un loyer d’etudiant avec 30 euros par semaine de stage…?
    Je suis venu voir un blog santé et encore une fois il n’y a rien concernant les acteurs des soins…

  12. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

     

    Merci de me conforter !

     

    Je crois que ce concours est un gâchis véritable et que, comme vous le dites, les choses ne sont pas près de bouger.

    Tant que les réflexions sur la formation seront cantonnées aux idées de deux ou trois mandarins proches des ministères, on ne bougera pas. mais peut-être un jour certains enseignants feront-ils entendre leur voix ?

     

    je rève !

  13. Ombreck dit :

    Je ne suis pas d’accord avec Josselin. Il a sans doute la vision de son CHU.
    Je suis plus d’accord avec vous, c’est la situation moyenne qui prévaut.

    Comme praticien hospitalier je peux confirmer que les bêtes à concours ne font pas forcément de bons docteurs…. Et parfois de très mauvais.

    En plus, les sciences sont massacrées et enseignées de façon désolante dans ce cycle. Un grand gachis. Un ratatinement du raisonnement et de l’esprit scientifique.

    Dans l' »art » médical au sens premier de art comme dans artisan, il y a une inteligence qui peut être littéraire ou pas.
    Quant au comportement humain des sélectionnés il peut être catastrophique.

    Comme père de famille et citoyen lambda j’ai pu constater que des étudiants brillantissimes et travailleurs (comme le prouve leur succès brillant ultérieur dans d’autres domaines) pouvaient échouer au concours de PCEM. Sans doute un concours des plus idiots qui soient (j’en sais quelque chose je l’ai passé brillamment… et comme je vous le disais, j’en vois les résultats au travail tous les jours).

    Comme ex enseignant enfin je crois comprendre maintenant que la seule justification de la part inconsidérée des sciences fondamentales qui font le noyau dur de la selection dans nombre de CHU, c’est la nécessité de justifier les emplois des enseignants de ces disciplines. Du corporatisme pur et simple.
    et contre ça on ne peut rien. ca ne changera pas.

    Et de plus j’ai pu voir de près que la piètre qualité scientifique et surtout pédagogique de ces enseignements. Un vrai pays sous-developpé.

  14. JD Flaysakier dit :

    REPONSE: Bon diagnostic, j’ai en effet 55 ans ! Plus sérieusement, je n’ai pas parlé des maths en première année, mais des gens issus de bac S. Pour le reste, je ne vis pas d’impressions du passé mais je parle avec des médecins des étudiants et même des doyens de facultés. Et beaucoup regrettent la situation actuelle. les sciences humaines ont été introduites pour la première fois en france à Tours, ma fac d’origine, mais après que j’en suis parti, car je suis vieux, vous avez raison. C’est bien , mais c’est le reste qu’il faudrait alleger ou mieux orienter. L’enseignement des statistiques par exemple reposant sur l’étude d’essais cliniques. Cette première année n’est pas une solution satisfaisante aux yeux de nombre de responsables. Mais s’il vous convient, tant mieux. Quant au modèle américain, je le connais bien, là encore c’est le privilège de mon grand age . J’ai passé trois mois à Mc Gill à Montréal avant d’attaquerma troisième année et deux ans à harvard après ma thèse. Leur système n’a rien de génial et il st cher, c’est vrai. mais il tolère plus de personnages atypiques que notre système. Il encourage les « cross registrations », c’est à dire le fait de suivre un cours ailleurs qu’en médecine . Le problèeme de notre enseignement c’est qu’il forme des gens qui dans leur majorité seront des médecins de famille et que ceux qui les forment sont des médecins hospitaliers qui de la première année de leurs études juqu’à leur retraite peuvent très bien ne jamais avoir quitté l’hôpital. Cherchez l’erreur.

  15. Josselin dit :

    Bonjour,

    Je ne suis pas d’accord avec vous.
    Les critiques que vous portez au mode de sélection en médecine sont fausses (des taux de sélection approchant plutôt les 20%, pas ou très peu de maths dans les concours de PCEM1, une place importante aux sciences humaines…). Il me semble que vous n’avez pas suivi les évolutions des programmes depuis les 20 dernières années!!!

    Bien que la sélection reste rude, il s’avère que les étudiants sont sélectionnés sur leur capacité à mémoriser et à fournir un travail important. Les matières qui sont enseignées sont des sciences sociales et des sciences de la vie. Les sciences plus fondamentales (chimie et physique uniquement, pas de maths) sont très orientées vers le vivant et portent souvent des coefficients très faibles. (moins du tiers de la note en cumulé). Pour information, les sciences humaines et sociales possèdent le plus gros coefficient dans ma faculté (Grenoble)

    Les bacheliers sortant de S sont avantagés car ils ont eu une formation en sciences de la vie que n’ont pas eu les autres. De manière générale, on les initie aussi davantage à l’abstraction et au travail rigoureux. Ces qualités acquises sont alors un atout indéniable pour le concours de première année, mais je trouve aussi qu’elles le sont pour des médecins!!!

    Vous semblez vouloir dire que les médecins sont trop précis et rigoureux et donc peu adaptés aux situations auxquels ils sont confrontés… C’est pour moi encore un non-sens, et tout le monde à l’hôpital s’accorde à dire qu’un raisonnement systématisé est essentiel pour assurer un suivi patient de qualité.

    Etant moi-même étudiant en médecine, je peux également témoigner sur le "désemparement" des étudiants de médecine à l’arrivée à l’externat. Ce problème est réel, mais ne touche pas spécifiquement les "grosses têtes". Tous les étudiants peuvent un jour ou l’autre y être confrontés, et cela est tout simplement dû à la fracture radicale entre les enseignements théoriques et la pratique du geste. Toute la dimension humaine du métier reste alors à découvrir et peut poser des problèmes à beaucoup de monde. Rien à voir avec les maths!!!!!!!

    Ensuite, vous prenez en exemple le système des Etats Unis, qui repose sur des dossiers et un passage au "college". Tout d’abord, il faut préciser les choses. Les étudiants américains qui souhaitent faire médecine s’inscrive en "pre-med" pour trois ans, ou ils suivent alors un cursus TRES scientifique avec notamment des programmes très chargés en biologie fondamentale et biologie cellulaire. Ils font des séances de TP d’expérimentation animale etc. comme le feraient des étudiants de biologie chez nous. Ils sont eux aussi complètement déconnectés du monde médical. La possibilité que vous soulignez de faire de la psychologie ou d’autres matière (j’ai une amie qui a fait de l’histoire de la littérature!) correspond en fait au choix des "minors" – des matières secondaires moins importantes. L’influence de ces choix sur la continuation en médecine par la suite est négligeable voir totalement absente, contrairement à ce que vous semblez indiquer.

    Le mode de sélection sur dossier est une sélection déguisée, et il s’avère que celle-ci est très rude et qu’il faut beaucoup de travail (et en plus de l’argent, nous sommes dans les universités américaines, ne l’oublions pas!) pour arriver à ses fins…

    Je pense qu’il faut que vous actualisiez vos sources, la réalité que vous décrivez est celle que nous racontent les médecins de 50 ans, mais pas du tout celle d’aujourd’hui.

    Josselin Duchateau, étudiant en 4ème année de médecine à Grenoble

  16. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Chèere Leila, Je souhaite que vous réalisiez votre rève. Puisque vous vous prénommez « La nuit », vous avez tout ce qu’il faut pour réver !

  17. leila dit :

    je trouve que vous avez raison
    mon plus grand rêve c est de devenir médecin un jour

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