Chers Internes en grève , la suite.

Vous avez peut-être eu la curiosité de lire les commentaires accompagnant le billt où je demandais aux internes de ne pas oublier de défendre l’hôpital.

Je leur faisais remarquer qu’il n’est pas évident de comprendre pourquoi ils font grèvé à l’hôpital pour défndre leur future installation comme médecins libéraux.

J’ai reçu un texte de l’un de ces jeunes médecins. Elle est interne, elle a demandé à ce que je respecte son anonymat. Je le fais donc.
Je vous livre in extenso ses commentaires. Chacun pouura insi se faire une opinion.

Encore en grève ? Les jeunes médecins ? Quelle indécence !

« Un jeune médecin qui fait grève quelle indécence ! Lui qui est assuré d’avoir un emploi et de très bien gagner sa vie… dans le contexte actuel ! C’est vraiment indécent… » Difficile d’entendre ces propos quand on est un jeune médecin… Alors, il faut expliquer et encore expliquer les véritables raisons de cette grève si peu médiatisée, si peu comprise…

Tout le monde s’accorde sur le diagnostic. D’ici à quelques années, il va y avoir une réelle pénurie de médecins. C’est le résultat de l’incapacité de gouvernements successifs à fixer un nombre optimum de médecins à former.
En France, la formation d’un médecin prend dix années. Dix longues années d’apprentissage tant théorique que pratique. Dix années pendant lesquelles on accumule des expériences diverses tout en étant guidé par les pairs…
Longtemps le nombre de médecins formés n’a jamais été contraint. L’entrée en faculté était libre. Il n’y avait pas de concours au début des études. Seul le concours de l’internat sanctionnait l’accès aux spécialités.
Puis, « on » s’est rendu compte qu’il y avait trop de médecins. Alors « on » a décidé de mettre en place un concours au début des études. L’objectif était de pouvoir fermer (voire ouvrir) le robinet à loisirs… Le numerus clausus était né. Le nombre de places en deuxième année de médecine a longtemps été très faible. Seul un étudiant sur dix réussissait à accéder à ces longues études. « Il y a trop de médecins aujourd’hui sur le marché, on doit fermer le robinet à l’entrée des études ».
C’est par là que les jeunes médecins d’aujourd’hui ont du passer. C’est la génération sacrifiée, celle où de nombreuses vocations n’ont pas résistées à la pression de concours hyper sélectifs. Or cette lourde contrainte n’a pas été mise en perspective du départ à la retraite des papys boomers. Et demain, ce n’est pas que dans certaines régions françaises qu’il y aura pénurie, c’est sur l’ensemble du territoire français.

Traitement palliatif ou curatif ?

Aujourd’hui, face à ce diagnostic, internes et gouvernement ne sont pas d’accord sur le traitement à appliquer. Le gouvernement veut imposer un traitement radical : forcer les jeunes médecins qui veulent s’installer à le faire dans une zone considérée comme sous-peuplée par l’Etat. S’ils ne le font pas, les patients qui viendront les consulter ne seront pas remboursés par la sécurité sociale.
Réfléchissons un peu aux conséquences d’une telle mesure… Traditionnellement, les jeunes médecins s’installent dans la ville où ils ont fait leurs études. C’est aussi l’endroit où ils ont fondé leur famille et où ils ont commencé à constituer leur réseau professionnel. Il semble donc évident que les jeunes médecins ne se déracineront pas. Il n’est pas non plus envisageable de rechanger de cabinet au bout de deux ou trois ans comme les mutations sont possibles pour d’autres professions (enseignement, police…).
De plus, les promotions actuelles sont majoritairement féminines. Pensez-vous réellement qu’une jeune femme médecin, épouse et mère, va aller s’installer dans un lieu déserté par les services publics de base (crèche, poste, hôpitaux), sans son mari et où elle devrait rester à vie ?
Donc, au final, les jeunes médecins vont continuer à s’installer sur le lieu de leur formation, à savoir dans les grandes villes. Sauf que leurs patients ne seront plus remboursés. Donc ceux qui ont les moyens de payer se feront soigner correctement les autres iront faire la queue à l’hôpital ou chez le médecin conventionné en fin de carrière.
Bien évidemment que certains médecins installés et consultés par le gouvernement applaudissent des deux mains une telle mesure. Elle va faire flamber le prix de leur clientèle… Cela devient en plus une mesure discriminatoire pour les jeunes médecins. Celui qui a des moyens va pouvoir racheter une clientèle onéreuse. Celui qui a déjà des difficultés pour mener à terme des études coûteuses, n’aura plus qu’à se déraciner s’il veut simplement gagner sa vie.

Privatisation de la « sécu »

Force est de constater que les gouvernements, quels qu’ils soient, se montrent incapables de gérer le flux de médecins à former. Mais aujourd’hui, dans l’incompréhension générale, le gouvernement actuel écrit noir sur blanc : « en France, demain, c’est la médecine à deux vitesses ». C’est le premier pas vers la privatisation de la sécurité sociale…
Et pourtant il existe des « traitements » simples bien connus de tous, traitements incitatifs mis à l’épreuve dans d’autres pays. Des structures sont missionnées pour aider à une meilleure adéquation des besoins et de l’offre (ONDPS). Structures mandatées par ces mêmes gouvernements… Mais à quoi cela sert-il de faire des « rapports » pour au final voir retenue une mesure qui est déjà jugée par les experts comme contreproductive… Pire, pourquoi s’obstiner avec de vaines réponses sur des problèmes cruciaux pour le système de santé, pour le devenir d’une sécurité sociale déjà bien malade…
Aujourd’hui les médecins sont loin d’être des « nantis ». L’exercice de la médecine est très varié. Le médecin hospitalier de ville, le praticien libéral de la capitale ou le médecin généraliste de campagne… Ce sont des situations, des pratiques, des vies qui sont différentes, difficilement comparables. Mais tous savent que la santé des concitoyens ne souffre aucun délai de prise en charge, aucune erreur. Chaque français attend de son médecin qu’il soit disponible, à l’écoute, compétent. Cette forte demande est le quotidien de chaque médecin. Il y répond du mieux qu’il peut, mais ce n’est pas non plus un surhomme.
Les études de médecine sont longues. C’est un sacerdoce même si c’est un des plus beaux métiers qu’il soit donné de pratiquer. A l’heure des 35 heures, à l’heure où la RTT est reine… comment le jeune médecin pourrait travailler 60 heures par semaine, plus les gardes, plus les astreintes et en plus ne pas pouvoir être associé aux décisions qui le concernent directement ?
C’est d’aide, de soutien plutôt que de coercition dont il a besoin pour donner le meilleur de lui-même. Sinon, demain, ce sont les bancs des facultés que les étudiants déserteront…

Alors, l’indécence oui… mais l’indécence de qui ?
De ceux qui dorment peu, se lèvent tôt, de ceux dont le travail est vital, de ceux qui ne comptent pas leurs heures, de ceux qui se battent pour ce qu’il croit juste : la santé des français.
Ou celle de ceux qui ont été élus pour créer la France de Demain, plus forte, plus juste et qui américanisent doucement le système de santé français, qui lancent en catimini la privatisation de la « sécu » si chère à tous ?

Regard d’un jeune médecin français

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à Chers Internes en grève , la suite.

  1. JD FLAYSAKIER dit :

    REPONSE : Je vous remercie de ce commentaire et j’espère qu’il suscitera une vraie discussion plutôt que des réponses « corporatistes » . Je pense qu’il faudrait rendre obligatoire l’enseignement de l’histoire de la médecine et certaines lectures. Louis-Ferdinand Destouches, par exemple, avant qu’il ne devienne Celine,l’immonde « collabo » raconte bien dans « Voyage au bout de la nuit » ce qu’était la médecine avant-guerre, sans sécurité sociale sans être sûr d’être payé. Je suis sur que ces lectures auraient au moins autant d’intérêt que les questions sur les blocs de la beta 21-hydroxylase sur lesquels j’ai été interrogé au cours de mes études !

  2. Anonyme dit :

    je suis médecin hospitalier, dans le Nord de la France et je désapprouve la grève des internes.
    Certe, les différents gouvernements ont été dans l’incapacité de prévoir le nombre des médecins nécessaires pour répondre aux besoins et aux impératifs de santé publique. Mais la formation des médecins coute très cher à la société, et il est normal que ceux ci rendent à la colectivité une contrepartie aux efforts consentis par la société pour les former. Les médecins soignent des patients solvabilisé par la Sécurité Sociale.
    L’idéal humaniste et la vocation du début de nos études résiste mal à la tentation d’un confort personnel et matériel, et l’esprit des 35 heures a contaminé l’esprit de nos jeunes confrères. Les politiques doivent désormais organiser la permanence des soins et l’égalité d’accès à tous les citoyens. Supprimons la médecine libérale, qui n’a plus aucun avenir, ne garantit pas des soins de qualité, conformes aux données actuelles de la science, avec une réelle formation continue, indépendante des lobby pharmaceutiques et résitant aux exigences de nos patients devenus consommateurs. Rémunérons les médecins dignement, en adéquation avec leur niveau d’étude, leur responsabilités, et leur compétences afin qu’ils s’affranchissent de la tentation du tiroir caisse, et ainsi nous pourrons maitriser les dépenses de santé en soignant nos patient de façon plus efficace, et équitable. La contrainte n’aurait plus lieux d’être, les incitations permettraient de compenser les désavantages d’une installation dans des régions moins favorables.

  3. La Sunamite dit :

    Mouais… PLus ces pauvres internes parlent, plus l’histoire s’opacifie. Faudrait les aider à expliciter leur pensée avec justesse. Moi je reste sur ma faim, et pourtzant je me dis qu’ils doivent avoir des mobiles justes de se révolter. Ils ne sont pas convaincants. Un peu comme les pilotes d’Air France il y a qquelques années quand ils venaient crânement devant les objectifs des caméras sommer leur direction de les augmenter, tandis que toute une partie des français vit déjà petitement, et sans la moindre chance de voir son pouvoir d’achat s’améliorer significativement, à bien voir les orientations de ceux qui gouvernent ce pays. Quelque chose s’est définitivement déréglé dans le système. Peu de gens ont une vision claire de ce qui se passe et les internes ne seront pas mieux compris, quoi qu’on fasse. Trop de cacophonie.

  4. Pierre dit :

    Excellent texte qui explique bien le fond du mouvement des jeunes internes….

    Pour expliquer une mesure il faut avoir la parole chose que les medias ne nous ont pas accordé : J’ai regardé TF1 et France 2 suite au mouvement du mercredi 24 octobre et j’ai été scandalisé de voir a quel point notre propos a été deformé !!!! Dans ce cas comment faire comprendre au public notre mouvement et nos objectifs si le lien qui nous relie est a ce point biaisé….

    J’ajoute un commentaire concernant le secteur 2 et la mesure… Si certains tarifs peuvent sembler abusifs il faut voir avec quelle difficulté les médecins doivent négocier le montant de leurs honoraires…. Le coût de la vie augmente mais pas les honoraires des médecins…. Pourquoi chacun aurait droit a des augmentations de salaire et pas les medecins ??

    Par ailleurs j’invite les gens a se renseigner sur les tarifs des primes d’assurance. Pour les anesthesistes, chirurgiens, gyneco-obstetriciens cette prime varient entre 17 000 et 19 000 euros par an !!! oui oui, vous lisez bien…. Ces tarifs sont liés a l’augmentation des plaintes déposées (souvent a tord ….) par les patients… S’il faut être mesuré, alors il faut que tout le monde le soit…

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE GLOBALE : j’ai choisi de mettre en ligne le texte de cette jeune femme médecin ns un but pédagogique. le discours medias pourris » est un classique. Mais quand une action est mal expliquée, elle est mal reprise. JLes jeunes médecins ne se rendent pas compte que dans une grande partie de l’opinion, cette profession est vécue comme un mêtier de nanti et de fils à papa. La sociologie a changé, mais les clichés non. D’autre part, plus des deux tiers des journalistes français travaillent en Ile de France et leur contact avec la médecine ce sont souvent des médecins en secteur 2 avec des honoraires pas obligatoirement en phase avec le »tact et la mesure ». Merci de ne pas m’envoyer des réponses-type en copié-collé. les expressions individuelles sont plus interessantes que les pétitions.

  6. une futur medecin dit :

    merci pour ce texte , tellement bien ecrit .Il y a en france une telle desinformation par les médias ( TF1 , France 2 !!!) sur les revendications des internes et etudiants en medecine ,que ca me donne la nausée !
    On nous insulte de bourgeois , d’egoistes qui veulent le beurre et l’argent du beurre .On en vient meme a penser qu’il y a des pressions gouvernementales sur les medias pour nous discrediter aupres des francais!!!
    Or les gens n’ont rien compris ,on les manipule et les lobotomise avec des informations trafiquées ,pour le bien du gouvernement sarkosiste !
    La greve des internes est en partie sur la liberté d’instalation ,mais le plus gros c’est d’essayer de sauver la secu de la privatisation a l’americaine , on fait ca pour tous les francais , pour tous les patients qui viennent nous voir !
    Un medecin qui veut sinstaller ou il a sa famille ( et oui souvent quand on finit nos etudes vers 30 ans ,bon nombre sont mariés et ont des enfants ) , mais ou le gouvernement a decreté qu’il y avait assez de medecins , sera deconventionné ( quel est la signification de ce mot barbare : les patients qui iront voir ce medecin ne seront plus remboursés par a securité sociale ) , ca va entrainer quoi ,c’est tres simple : Dans 10 ans le nombre de medecin va diminuer de 10%, la demande de soins est en constante augmentation ( vieillissement de la population ) , la penurie de medecins sera partout , il faut bien le dire et le comprendre .Donc les rdv seront plus long a avoir ( cf les ophtalmos en ce moment ) , vous aurez le choix entre des medecins conventionnés ( où vous serez remboursés par la secu ) et des medecins deconventionnés ( non remboursés et tarification de la consultation au bon gré du medecin ), la plupart des gens voudront se faire rembourser car manquant de moyens pour payer des consultations pour tous les membres de sa famille . On aura donc beaucoup de gens chez ses medecins , dont la liste d’attente s’allongera ineluctablement avec des delais d’attente pour avoir rdv de plus en plus longue et des consultations rapides ( et donc des soins moins efficaces ) , et a coté des gens qui auront les moyens d’aller voir es medecins deconventionnés ,où il y aura des rdv rapide et des soins de meilleurs qualités! On arrive a un systeme americain ou les riches se feront soigner rapidement et bien , et a coté le reste qui devra attendre avant de se faire soigner ( et aura le temps de crever presque !!!!!!!!).
    C’est ca qu’on essaye de faire passer ,et qui est completement non mediatisé car la pression de sarko , qui veut reduire les couts de santé et suivre le modele americain ; est forte sur les medias , c’est toujours plus facile de mentir aux gens et de contourner le probleme en mettant la faute sur les medecins qui veulent tous partir au soleil ( ce qui est faux !!).
    On va donc payer pour 20 ans de conneries successives des differents gouvernements , qui installés le cul sur leurs chaises ont mis en place des lois sans y reflechir !!
    Nous on veut y aller a la campagne , mais sans y etre obligé et sans etre seul comme des cons a faire 65h par semaine , de garde toutes les nuits !!Qui en voudrait!!!!On veut que le gouvernement mettent en place de maisons medicales ,avec plus medecins generalistes , certains specialistes ( radiologue , gyneco ..), des infirmieres ,kiné ,pour avoir une prise en charge globale des patients ,car un medecin generaliste seul ne peut pas soigner correctement !!!

    Comme dirait certains , " Francais , Francaises ", battez vous pour la securité sociale car quand on en aura plus , la vie sera bien plus dure en fin de vie , car les couts de santé impossible a payer !!!

    merci de votre attention et parlez zn entre vous ,et ne croyez pas tout ce qui est dit dans les medias !!

    une future medecin qui se bat pour l’acces aux soins pour tous!!!

  7. russell0 dit :

    Il est inadmissible de la part de France 2 et sa présentatrice du 13h du 24/10 d’orienter le débat au sujet des internes en médecine, tout d’abord dans le choix d’un titre plus que provocateur qui n’a pas lieu d’être (« les internes s’embourgeoisent ils? »), ensuite en ne permettant pas à la représentante des jeunes médecins d’expliquer clairement le problème de la santé en France, problème qui concerne bien l’ensemble de la population et qui ne se limite pas à des raisonnements simplistes consistant à dire qu’il suffit d’aller mettre des médecins tels des pions aux endroits où ils y en a le moins sur la base d’indicateurs inadéquats, ce n’est malheureusement pas aussi simple que cela, beaucoup de pays s’y sont casser les dents et ils ne sont sûrement pas plus idiots que le notre. Quel image pensez vous donner à la population de ce mouvement largement sous médiatisé, à propos d’un sujet excessivement complexe et qui pourtant les concerne bien plus que les internes. Arrêter de faire passer les internes pour des nantis fils à papa, aller interroger les patients hospitalisés et demandez leur qui est présent 24h/24 7j/7 pour les soulager dans leur petites et grosses souffrances, je ne pense pas que ce soit un comportement de personnes qui s’embourgeoisent !!
    Cette façon de procéder est pitoyable et on en attend vraiment plus du service public en matière d’information.
    Tout de même félicitations à la jeune représentante des internes Lola Fourcade qui s’en est très bien sortie face aux griffes acerbes de Mme Laborde qui cherchait clairement à la déstabiliser se permettant de l’interpeller « chère Lola » oubliant sans doute qu’elle était fasse à un médecin et non un collégien.
     

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