Chers Internes en grève, l’hôpital aussi est malade.

Les internes des hôpitaux sont en grève parce qu’ils estiment que, contrairement à leurs aînés, ils ne pourront pas « visser leur plaque » où bon leur semble.

Il est logique que ces futurs médecins s’inquiètent de leur avenir, mais il faudrait aussi qu’ils informent le public sur leur présent.
Et ce présent, c’est la grande difficulté et c’est un euphémisme, dans laquelle se débattent hôpitaux publics et établissements à but non lucratif

C’est un grand CHU de l’ouest de la France. On y inaugure un bâtiment flambant neuf, dans lequel un robot aidera les médecins à opérer. Dans les chambres des malades il y aura des téléviseurs à écran plat.

A deux pas de là, un service qui accueille vingt-sept malades atteints de pathologies lourdes. La nuit, pour dispenser les soins à ces malades, il y a en tout et pour tout une infirmière et une aide-soignante.

Soixante-dix pour cent des patients de ce service ont besoin de l’aide d’orthophonistes. Elles sont deux à se battre contre le temps et l’impossible.
Et des exemples comme celui-là il y en a des centaines.

Des effectifs insuffisants, des services surchargés, des professionnels épuisés.
I y a quelques mois, une aide-soignante travaillant dans un centre de réadaptation me disait sa frustration de n’être plus qu’une technicienne vivant au chronomètre.

Nous avons des malades qui ont besoin de parler. Souvent ils sont loin de chez eux, la famille ne vient pas tous les jours et nous, on nous impose de faire des toilettes en quelques minutes, standardisées,comme si nous étions en train de laver des voitures

Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos. Remettre à plat le système de soins et s’assurer d’un bon rapport coût-efficacité n’est pas scandaleux.
L’hôpital absorbe, ne l’oublions pas, plus de cinquante pour cent des dépenses de santé, donc , en partie, de nos cotisations.

Mais aujourd’hui, cette obsession de « rester dans les clous » pousse certains gestionnaires à oublier que ce qui est allongé dans le lit est un client, certes, mais avant tout un être humain en position de souffrance et de faiblesse.

Certains gestionnaires sortis d’écoles de commerce ou de formation au management gèrent leurs établissements avec la même attitude que s’ils géraient une grande surface ou une série de salons de coiffure franchisés.
Rivés sur leurs tableurs Excel, ils emplissent des cases, fixent des temps, comblent ou pas les trous et font en sorte que tout tienne dans le budget qu’ils se sont fixés.

Face à cela, il y a une énorme souffrance des personnels infirmiers et aide-soignants. Certaines de ces femmes , avec des années d’ancienneté et un dévouement souvent exemplaires, se font parfois traiter avec la même considération que certains gérants de grandes surfaces manifestent envers leurs caissières, pardon les « hôtesses de caisse » !

Alors des téléviseurs à écran plat c’est chic, mais ça ne prend pas la température et ça ne passe pas le bassin.

Oserai-je donner un amical conseil à mes jeunes collègues, futurs généralistes et spécialistes.
Dans votre combat que vous dites mener pour le public, n’oubliez pas de lui parler de ce qu’est l’hôpital aujourd’hui. Dites lui qu’il aura sans dote du mal à trouver un médecin en ville, mais qu’il a déjà un risque de ne pas trouver des soins et un accueil adéquats dans l’hôpital pour lequel il paie très cher, rien qu’avec ses cotisations.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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12 réponses à Chers Internes en grève, l’hôpital aussi est malade.

  1. Emma dit :

    Assez d’accord avec Pierre. Le débat sur l’hôpital n’est pas central pour la grève des jeunes médecins. Même si il faudrait arriver à penser la santé comme un tout.
    Je pense qu’il faut aussi dire que les postes de médecins hospitaliers ne courent pas les rues. Les internes en fin de cursus peuvent en effet opter pour hôpital ou exercice libéral. Mais les postes hospitaliers sont rares. Pourquoi ? Ils coutent chers pardi ! Un poste de praticien hospitalier au 35h (désolée d’insister) mais c’est un réel investissement.
    Le problème c’est qu’il faudrait avoir une réflexion globale et constructive sur le devenir du système de santé. Mais aujourd’hui, le statu quo est bien pratique, ne surtout pas aborder les problèmes qui fâchent… En fait, le problème principal aujourd’hui dans le cadre du PLFSS, ce n’est pas de conventionner ou pas les jeunes médecins, c’est bien de traiter le gouffre financier hospitalier.

  2. Pierre dit :

    "C’est pour cela que je pense essentiel de défendre l’hôpital public et les établissements à but non lucratif" et tout le monde est d’accord avec ca… mais la medecine ne se pratique pas uniquement dans les hopitaux, la medecine libérale a son role a jouer dans la prise en charge des patients en sus de compter son pognon et de se dorer la pillule.

    Dans le cas present, je le repete le débat concerne la medecine liberale. Pour l’hopital on peut en debattre mais il est bon des faire les choses les unes aprés les autres…

    "Pensez-vous que le public saisisse aisément que des médecins hospitaliers soient en grève parce qu’ils se sentent menacés dans leur possibilités fuures d’installation?" Alors déjà il ne s’agit pas d’une grève des "medecins hospitaliers" mais une grève des internes c’est a dire des medecins en formation qui un jour dans leur cursus seront amenés a choisir entre médecine hospitalière et médecine libérale. Les études de médecines ont lieu pour l’essentiel a l’hopital, je ne pense pas vous l’apprendre.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A EMMANUELLE : Je partage franchement votre analyse sur la santé qu’on « consomme » comme on consomme d’autres services. Mais si l’hôpital public est mis à mal ou privatisé par morceaux, les gestionnaires sortis d’écoles de commerce vous diront omment pratiquer la médecine. C’est pour cela que je pense essentiel de défendre l’hôpital public et les établissements à but non lucratif.

  4. JD Flaysakier dit :

    Je vous demande pardon d’insister lourdement mais … Pensez-vous que le public saisisse aisément que des médecins hospitaliers soient en grève parce qu’ils se sentent menacés dans leur possibilités fuures d’installation?

  5. Pierre dit :

    Justement c’est la le problème de votre discours, a force de vouloir débattre de tout et de rien on finit par tout mélanger et on ne fait pas avancer le débat. La gréve des internes est en rapport avec les articles 32 et 33 du plfss 2008, concernant les modalités d’installation des medecins liberaux afin d’inciter les jeunes médecins a s’intaller davantage en zone rurale… Ce n’est pas de l’hopital dont on parle. Alors il y a un probléme dans les hopitaux c’est vrai mais ca n’est pas l’objet de la question traitée en ce moment….

  6. Emmanuelle dit :

    Mais, attendez, qui est-ce qui fait tourner les services hospitaliers aujourd’hui ? Les internes sont censés être en formation certes rémunérés mais en formation. Cependant, ils enchainent journée de 12 heures, gardes, astreintes pour des clopinettes… Et jusqu’à présent sans trop râler… Bien sûr que les revenus sont ensuite plus conséquents. Quoi que cela dépend du type d’exercice, de la spécialité, du contexte… Aujourd’hui, il me semble plus que ce sont les 35 heures qui mettent à plat un hôpital déjà bien malade. D’ailleurs il me semble que si les jeunes médecins ne peuvent pas être conventionnés, ils resteront plus longtemps à l’hôpital… Et la réforme de l’hôpital est avant tout perçue (malheureusement) comme une "patate chaude" politique… L’hôpital public est parmi les plus gros employeurs en France… et pourtant on manque d’infirmières, de soignants… On marche un peu sur la tête dans cette histoire.
    Les patients sont exigeants, la santé ne souffre aucun délai de prise en charge, aucune erreur.
    La médecine devient un bien de consommation… la carte vitale est une carte bleue sans débit… Mais nous payons tous pour notre santé, y compris les internes et médecins. Les cotisations touchent tous les revenus. La santé n’a pas de prix mais elle a un cout…

  7. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : J’ai bien peur que je ne sois pas le seul dans ce cas ! Alors faites un effort et expliquez moi où, dans vos revendications, se situe votre préoccupation de l’état actuel des hôpitaux.

  8. Pierre dit :

    Les internes ne nient pas les problemes de l’hopital au contraire ils en ont parfaitement conscience. Votre discours montre que vous n’avez pas saisis le sens de nos revendications…

  9. claude dit :

    bonjour a vous
    Je viens pour vous dire que j’ai vu ce midi (dans le 12/14) un reportage sur la douleur, ce reportage ne montrait que des personnes "agées", mais pour ma part j’ai 41ans je souffre d’algoneurodystrophie et implanté d’un stimulateur medullaire, une autre personne de mon forum a 29ans et idem etc….., donc je voulais vous dire (et biensur vous le savez) que la douleur n’a pas d’age
    Merci d’en faire la precision aux journalistes
    Cordialement
    Claude

  10. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Comme vous l’aurez remarqué, je me suis abstenu de commenter le pemier commentaire, mis il nempèch que ce discours, certes excessif, traduit quand même l’image que les médecins ont dans la population : celle sinon de nantis, du moins d’une classe sociale sur laquelle on n’a pas envie de pleurer. Corriger cette image n’est sûrement pas simple, surtout quand quelques exemples de dérives, tels des histoires d’honoraires exigés par des praticiens hospitaliers dans le cadre du secteur privé, font les choux gras des journaux. La médecine se consomme aujourd’hui très souvent comme un « service », comme le coiffeur ou le garagiste. Si vous dites au consommateur « je ne veux pas m’installer chez vous », il ne comprend qu’une chose: vous allez le géner. A vous de nous expliquer en quoi une éventuelle mesure de restriction à l’installation peut pénaliser les patients. Mais je persiste et répète que la situation des hôpitaux mérite que toutes celles et ceux qui y travaillent fassent entendre leur voix. Vous parlez de médecine à deux vitesses, à l’américaine. j’ai vécu deux ans à Boston dans un environnement hospitalier très haut de gamme. De l’autre côté de l’avenue, dans le quartier pauvre, la mortalité des enfants à un an était plus élevée qu’à Alger ou à Cuba. En France, nous avons encore un peu de chance d’avoir des hôpitaux où on soigne et accepte presque tout le monde. Mais il y a deja des premisses qui font comprendre que cela ne va pas durer.

  11. interne en grève dit :

    Pour ce qui est des privilèges (réponse au commentaire précédant), essayez de travailler 70h par semaine à 30 ans et bac + 10 pour 1600 euros par mois et on en reparle …
    Sinon pour l’hopital et oui, on est au courant et justement on aimerait qu’on nous associe au départ sur ce que sera l’hopital et le système de santé en france demain, plutot que de nous faire passer pour des gosses de riches qui font un caprice . Personnellement, à 30 ans passés et avec des gosses, je m’installerai pas là ou je ne veux pas aller meme si on me menace de sanctions. De toute façon il faut ouvrir les yeux, le but de cette réforme n’est pas de mieux répartir la poulation médicale ( poudre aux yeux de la ‘com gouvernementale) mais de diminuer le volume des remboursements et donc de diminuer le budget sécu à terme sous couvert d’une mesure démago. Et comme d’habitude ce seront les moins bien lotis qui payeront les pots cassés quand on auras des médecins conventionnés sécu avec des listes d’attente interminables et des médecins privés pour ceux qui auront des sous et des assurances privés. Ca s’appelle une médecine à 2 vitesses à l’américaine !

  12. afreville2005 dit :

    tous ces toubibs sont toujours en train de se plaindre alors que se sont des privilègiers et lorsque vous les appelez parce que vous êtes alité,ils vous répondent qu’ils ont trop de monde et qu’ils ne peuvent pas se déplacer.Si ça ce n’est pas du non assistance à personne en danger,comment pouvons interpréter ça ?

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