Cannabis : pouvoir dire les choses

Parler des risques liés à la consommation de cannabis était considéré comme une forme de ringardise. Apparemment, l’accumulation des données scientifiques et médicales vont faire de ce thème un sujet à la mode.

La France a beaucoup de mal à parler des dépendances et des abus, qu’ils concernent le tabac, l’alcool où les drogues illicites
Entre les aspects culturels, économiques, marchands, les groupes de pression, les « bobos », les militants, faire passer un message sanitaire devient de plus en plus difficile.

Il suffit de voir ce qui s’est passé avec la mise en place de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le 1er février dernier. On a tout entendu, notamment des couplets particulièrement étonnants sur la décision « liberticide » ! Ne plus enfumer les autres devenait une quasi-atteinte aux droits de l’homme et de la femme aussi, car nos sœurs représentant, proportionnellement, les personnes les plus exposées aux risques du tabac.

Il en est de même avec l’alcool, ou plutôt la consommation excessive d’alcool.
Si j’introduis cette nuance, c’est qu’on sait, aujourd’hui, qu’une consommation modérée d’alcool peut avoir un effet bénéfique sur la santé. Le tout est de s’entendre sur le terme de « modération ».
J’ai le souvenir dans ma jeune vie médicale d’avoir demandé à des patients visiblement « imprégnés » .quelle était leur consommation. « Je ne prends pas d’alcool « me disaient-ils. Mais en insistant, j’apprenais qu’ils buvaient plusieurs bières et verres de vin par jour.
Mais pour eux, ce n’était pas de l’alcool ! L’alcool commençait avec le pastis ou le porto et autre whisky et gin !

La dépendance au tabac et celle liée à une consommation excessive d’alcool entrent dans ce qu’on appelle aujourd’hui les addictions, joli anglicisme aux racines latines qui renvoient à l’esclavage.

Elles rejoignent ainsi les addictions aux drogues illicites.
Une réalité physiologique que beaucoup ont du mal à admettre. Ce parallèle entre les trois types de substances sert les tenants de l’un ou l’autre camp. Rappelons nous le sketch de Coluche ou le père ivrogne reproche à son fils, le fameux Gérard, de fumer du « hakik ».

De la même façon, lorsque des médecins commençaient à tirer le signal d’alarme sur les effets pas obligatoirement toujours euphorisants du joint, on leur rétorquait que l’alcool et le tabac tuaient plus que le cannabis.

Avec le temps, il semble que certains aient fini par découvrir qu’on pouvait s’intéresser aux risques du joint sans pour autant vouloir mettre en prison celles et ceux qui choisissaient ce type de produit.
La présence de tabac mélangé avec la résine, la combustion du papier ont conduit les chercheurs à s’intéresser aux risques liées aux goudrons et autres cancérogènes.

La concentration en principes actifs, notamment le tetrahydrocannabinol ou THC a beaucoup varié aussi au cours du temps.
Les produits qui circulent actuellement sont beaucoup plus concentrés que ce qui se trouvait dans les barrettes que les quadragénaires actuels fumaient dans leur canapé en écoutant les Who et les Rolling Stones.

L’élévation de la concentration, associée à une consommation de moins en moins récréative a aussi amené certaines équipes à s’interroger sur l’association entre la consommation de cannabis et une bascule vers certaines pathologies psychiatriques.
Une association et non pas un lien de cause à effet. Personne ne peut affirmer un lien direct entre cannabis et schizophrénie par exemple. Mais il est certain qu’un adolescent qui s’isole de plus en plus et qui va fumer plusieurs joints par jour est considéré comme étant à risque et doit être surveillé pour éviter de découvrir trop tard qu’il se passe quelque chose.

Enfin, ce qui a beaucoup changé c’est aussi ce qu’on appelle les poly-intoxications, comme une consommation aiguë d’alcool dans le but de rechercher une ivresse associée à la prise de joints.
Ce mode de polytoxicomanie est souvent le fait de jeunes qui ont la mauvaise habitude de conduire sous l’emprise de ces cocktails.
C’est sans doute là que les risques immédiats sont les plus élevés et que la prise de conscience est la plus faible.

La mise en place de tests salivaires lors des contrôles routiers aura sans doute un rôle dissuasif pour certains, mais ne remplacera jamais la mise en place d’une information de santé publique, basée sur des faits, pas sur des idéologies, ni dans un sens, ni dans l’autre.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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