Diabète de type 2 : controverse sur un médicament.

Un de mes vieux maîtres à l’hôpital nous rappelait que « toujours » et « jamais » sont des mots qu’on pouvait prononcer en amour ou en politique, mais jamais en médecine ! L’incertitude est le propre de la vie et l’oublier est particulièrement risqué, surtout lorsqu’il s’agit des effets à long terme des traitements.

C’est une véritable « bombe » que Steve Nissen a fait exploser le 5 juin dernier. Ne recherchez pas son nom sur la liste des terroristes d’Al Qaida, cet honnête citoyen américain est un éminent cardiologue qui exerce son art à Cleveland, dans l’état de l’Ohio. Dans une des revues médicales les plus lues au monde, le New England Journal of Médicine (NEJM), Le Dr. Nissen a mis en cause un médicament prescrit à des millions de personnes souffrant de diabète de type 2, ce qu’on appelle encore le diabète gras ou diabète de la maturité . Ce médicament c’est la rosiglitazone, commercialisée sous le nom d’ Avandia. Dans cet article publié en ligne et accessible sans abonnement (10.1056/NEJMoa072761) sur le site de la revue ( www.nejm.org,) , Nissen affirme que ce médicament accroît de façon non négligeable le risque d’infarctus du myocarde et de décès liés à une cause cardiovasculaire.

On savait que ce médicament faisait prendre du poids et qu’il augmentait le risque de défaillance cardiaque, mais ce risque d’infarctus n’avait jamais été mis en évidence jusque là.

Pour en arriver à cette conclusion, Nissen n’a pas, cependant, mené une étude comparant des patients prenant ce médicament et des patients ne le prenant pas. Il a utilisé une technique dite de « meta-analyse ». Cette technique consiste à retrouver un certain nombre d’études déjà publiées, de les mettre ensemble en fonction de certains critères et d’analyser cette « mage- étude ».

Le problème c’est que cette technique est assez imparfaite puisque cette « compil » ne permet pas d’avoir toutes les informations sur chacune des études et l’analyse peut s’avérer assez imprécise. Il n’empêche que le travail de Nissen a provoqué un énorme trouble dans la communauté médicale, chez les patients et à la Bourse de New York ! Le titre du fabricant, le laboratoire GSK ; a pris une « claque » qui se traduit en une dépréciation de plusieurs centaines de millions d’euros.

Si les résultats de l’analyse de Nissen font l’objet de contestations et pas seulement de la part du laboratoire, ils soulignent une nouvelle fois un vrai problème : celui de la surveillance des effets indésirables des médicaments une fois qu’ils sont sur le marché. Avant la commercialisation d’un médicament, des études rigoureuses menées sur plusieurs milliers de patients permettent de mettre en évidence un certain nombre d’effets néfastes ou dangereux.

Mais ces études n’ont rien à voir avec ce qui se passe dans la vraie vie, d’autant que certains effets ne peuvent apparaître qu’une fois sur cent mille par exemple.

C’est là que la surveillance prend toute son importance. Normalement, tout accident ou incident doit être être signalé aux autorités compétentes par le médecin, le pharmacien, la sage-femme ou l’infirmière. C’est une obligation légale, en France.

Mais il n’est pas toujours facile de savoir si un infarctus peut être relié à la prise d’un médicament anti-inflammatoire par exemple. Or, l’arrivée,il y a quelques années de nouveaux anti-inflammatoires appelés coxibs a montré que ces médicaments pouvaient être à l’origine d’accidents cardiaques lorsqu’ils étaient pris de façon régulière et pendant une période longue, supérieure à dix-huit mois.

Ces événements indésirables avaient été plus ou moins mis en évidence dans des études préliminaires, mais il semble que les données qui auraient permis de tirer le signal d’alarme avaient été « oubliées » dans les dossiers remis aux autorités chargées de donner le feu vert à la commercialisation de l’un de ces produits.

Il faut donc que les industriels du médicament et les autorités sanitaires décident de mener des études en aval de la commercialisation d’un médicament pour détecter d’éventuels incidents et accidents qui auraient pu être ignorés dans les études menant à la mise au point des traitements. De telles études coûtent fort cher et ne sont pas monnaie courante. Pourtant il sera difficile de s’en passer.

Lorsqu’en 1996 par exemple sont arrivées les anti-prot éases, médicaments très efficaces contre le VIH, tout le monde s’est réjoui de la baisse de mortalité des patients infectés par le virus du sida. Mais deux ans plus tard, on s’est aperçu que la prise de combinaisons thérapeutiques, notamment la trithérapie, générait des déordres importants comme l’élévation du taux de cholestérol dans le sang ou l’apparition de diabète.

Plus un médicament est efficace, plus le risque de voir des effets secondaires est réel. Il y a toujours un « prix à payer ». Cela suppose donc que les consommateurs soient mieux informés et que l’information des médecins soit indépendante de l’industrie pharmaceutique autant que faire se peut.

Il n’y a pas de traitement miracle, pas de médicament sans désagrément. Mais on peut minimiser les risques à la condition d’en avoir la volonté.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Diabète de type 2 : controverse sur un médicament.

  1. mn dit :

    Merci beaucoup pour tous vos articles vraiment très clairs et très éclairés.
    Continuez,on a tellement besoin de comprendre pour mieux se soigner et soigner nos enfants.

  2. JD FLAYSAKIER dit :

    REPONSE A JESSICA : Il est évident que ces traitements relèvent de la prescription médicale. En ce qui concerne la roziglitazone et la pioglitazone, les autorités américaines ont décidé de renforcer les mises en garde sur le risque d’insuffisance cardiaque. Mais les produits ne sont pas retirés du marché.

  3. Jessica dit :

    Pour un diabete de type 2 je crois qu’il faut demander l’avis a son medecin.
    http://www.diabetiques.fr
    au cas où l’on ne suit pas deja un traitement contre le diabete

  4. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Ce produit est commercialisé en france et en Europe.

  5. iris dit :

    étant diabétique stade 2, j’aimeraisavoir si ce médicamant est commercialisé en france , et merci pour les réflexions sur les effets secondaires des médicaments, allez sur le vidal, à la rubrique :médicaments traitant ;les dégénéréscénces du systeme nerveux c’est clair, un bon moyen de ne pas payer des retraites !!!!!!

  6. iris dit :

    étant diabétique stade 2, j’aimeraisavoir si ce médicamant est commercialisé en france , et merci pour les réflexions sur les effets secondaires des médicaments, allez sur le vidal, à la rubrique :médicaments traitant ;les dégénéréscénces du systeme nerveux c’est clair, un bon moyen de ne pas payer des retraites !!!!!!

  7. jcb dit :

    merci pour ce blog, je souligne qu’un médecin m’a prescrit du paracétamol générique et que j’ai eu une réaction allergique sans gravité. chose que je n’ai jamais eu avec la marque. Que faut-il penser ? En tout cas je fais confiance au générique qui sont une copie conforme à l’original ! bien à vous et bonne continuation pour ce blog et votre carrière à France 2 !

    REPONSE : Merci de vos encouragements. Vous n’imaginez pas à quel point ils sont utiles !

  8. patrick dit :

    Votre blog est très instructif

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